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Remi de Reims

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Remi.

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Sainte Céline, femme du comes Æmilius de Laon. Naissance de saint Remi.

Remi, du latin Remigius ou Remedius (= remède)[1] est né en 437, dans le palais familial, situé dans le Castrum laonnois, près du rempart Saint-Rémi actuel[2]. Il n'est pas né à Cesurnicum (villa qui n'a rien à voir avec Cerny-en-Laonnois), dans le pagus de Laon[3]. Celui-ci fait partie du royaume d'Ægidius et Syagrius (457-486). Il est décédé, le 13 janvier 533, certainement à Reims. Remi est inhumé dans la nécropole chrétienne du quartier méridional Saint-Sixte, dans la chapelle Saint-Christophe, à Reims[4].

Dans La Noblesse du Midi carolingien, Christian Settipani nous dit que Remi est né en 436 et qu'il est mort en 532[5].

Remi est le fils du comes gallo-romain qui est gouverneur de Laon[6]. Son père est Æmilius de Laon[7] et sa mère Cilinia de Laon (ca 390-458)[8]. Leur avenir, en tant que Romains et chrétiens, est incertain dans la dernière enclave de l'Empire, le royaume d'Ægidius et Syagrius (457-486).

Remi est connu uniquement par l'image, qui s'est inscrite dans la légende, du baptême de Clovis avec 3.000 de ses guerriers[9]. Mais la vie de l'évêque métropolitain de la Belgique seconde n'est pas réductible à cet évènement. Il est évêque de Reims pendant soixante-quatorze ans. L'évêché de Reims, en tant que métropole de la province romaine de Belgique seconde, compte onze autres cités : Soissons, Châlons, Vermand, Saint Quentin, Senlis, Beauvais, Amiens, Arras, Therouanne (près de Saint-Omer), Boulogne, Cambrai et Tournai. Hincmar l'honore du titre d'apôtre des Francs[10]. Remi est l'un des saints patrons catholiques de France, avec Martin, Denis, Jeanne d'Arc et Thérèse de Lisieux.

Marie-Céline Isaïa, dans Remi de Reims: Mémoire d'un saint, histoire d'une Eglise, nous montre que de la dévotion à saint Remi, qui n'est pas le propre des rois mais aussi des aristocrates, se réduit à son rôle lors du baptême de Clovis, dès l'époque des Carolingiens. Il ne sert par la suite qu'à justifier le droit des archevêques de Reims à sacrer les rois de France[11].

Le haut clergé avant le baptême de Clovis le soutient contre les derniers dirigeants de l'Empire, qui sont des chrétiens gallo-romains, comme eux, en espérant le convertir. Après sa conversion ce soutien devient sans réserve[12]. Dans une lettre vers 512, Remi n'hésite pas à désigner Clovis comme custos patriae (= guide de la patrie) et comme triumphator gentium (= vainqueur des nations)[13]. Nous voyons avec Remi que l'esprit européen est déjà min de l'intérieur. Les fins de Syagrius et l'Empire démontrent que le christianisme en devenant délétère entraîne dans sa chute les cités et les cultures[14].

Toutefois, peu à peu, nous allons retrouver dans le christianisme, surtout médiéval, le modèle holiste, qui va se perpétuer jusqu'à la Révolution[15]. Pourtant, Alain de Benoist, estime, dans d'autres écrits, que le pourrissement de l'Europe commence avec le baptême de Clovis. Il voit dans cette conversions des élites franques les origines de l'égalitarisme révolutionnaire et du communisme[16]. Benoist parle aussi d'une hypothétique nation gauloise. La Gaule est en effet une pure invention romaine, à laquelle ne correspond aucun sentiment particulier chez les Celtes. Mais, pour lui, la France ne commence pas plus avec le baptême de Clovis, vers 498. Charlemagne, par exemple, n'est en rien un empereur français[17].

Sa famille et sa jeunesse Modifier

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Sa famille Modifier

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Laon : tours et ruines d'un palais mérovingien.

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Remi et sur la droite, sa nièce, son mari, et la petite-nièce de l'évêque.

Remi est le fils d'un comes gallo-romain[18], Æmilius, peut-être descendant de la gens Æmilia, l’une des familles les plus importantes et anciennes de l’histoire romaine. Dans La Noblesse du Midi carolingien, Christian Settipani nous dit qu'il est vir nobilis à Laudunum (= Laon), forteresse dépendant de la cité de Reims[19]. C'est un chef militaire gallo-romain, tout à la fois juge et administrateur du pagus ou du comitatus de Laon. On sait du fait du testament de Remi qu'il possède de vastes domaines fonciers en particulier dans le Portien, autour de Rethel et d’Asfeld et dans le pagus de Laon, notamment l’important domaine de Lavergny, près de la voie gallo-romaine[20].

Cilinia de Laon (ca 390-458) est d'une famille sénatoriale de ce lieu[21]. La Wikipedia polonaise la dit soitfille de Syagrius, le roi romain de Soissons, qui a l'âge d'être son fils, d'autres wikipédistes la disent fille de Jovin de Reims, pourtant mort dès 370. La Wikipedia anglophone la dit, fille de l'évêque de Soissons, sans nous donner son nom et de sources. Pourtant, la même encyclopédie nous dit que c'est Genebald (470-550), mari de sa petite-fille qui va être le premier évêque de Laon.

Æmilius et Cilinia de Laon (390-458), à part Remi, sont les parents de :


  • Agricola, prêtre, marié selon La Noblesse du Midi carolingien, de Christian Settipani, à Hilaria de Langres, fille de Hilaire, petite-fille de Pimeniolia et de saint Loup 383-478). Pimenolia est la soeur de saint Hilaire d'Arles (ca 403-449), évêque d'Arles, et peut-être la petite-fille d'Hilarius, préfet des Gaules, en 396, et urbi praefectus de Rome, en 408[22]. Saint Loup 383-478) est issu d'une famille illustre des Gaules. Agricola et Hilaria sont les parents de :
    • une fille épouse Genebald (470-550), évêque de Laon (496-550), selon Jacopo da Varagine et Settipani. Ils sont les parents de :
      • Larron, également évêque de Laon (550-570).
    • Loup (475-532, treizième évêque de Soissons (511-532). Selon Settipani, il est le neveu de Principius (420-505) et pas son fils, comme il est précisé parfois.
    • Hilarius est le père de :
      • Loup, évêque de Chalons-en-Champagne (535-541)
      • Principius II, évêque de Meaux à partir de 540[23].
      • un fils marié à une princesse, fille du roi Baderic de Thuringe (480-529), sœur d'Ingond (499-546) et Aregond, femmes de Clotaire le Vieux, roi franc, fils de Clovis. Ils sont les parents de :
        • Ingoberga (vers 519-589), première épouse du roi Caribert, son cousin.
        • Beto marié à sainte Austregilde, famille illustre, près d’Orléans, parents de saint Loup de Sens (573-623). Settipani les voit ancêtres de Loup, († après 676), duc d’Aquitaine et de Gascogne, par Loup (Lupus), premier duc de Champagne.
    • Principia (° 480), mariée au comte Felix Aurelius de Périgueux. Ils sont les parents d'Eparchius d'Angoulême (504-581) et les ancêtres selon La Noblesse du Midi carolingien, de Christian Settipani, de Munia de Álava, Reine consort des Asturies par son mariage avec le roi Fruela des Asturies et la mère de Alfonso II des Asturies. Elle est la fille de Lope (= Loup) et d'une fille de Fruela de Cantabrie[24].

Sa jeunesse Modifier

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Villa mérovingienne.

D'après la Vita Remigii rédigée par Hincmar avant 882, Cilinia, mère de Remi, a deux enfants, dont Principius. Elle ne peut plus avoir d’enfants du fait de son âge et de la vieillesse de son mari. Un jour, un ermite aveugle, du nom de Montanus, vient auprès de Cilinia et lui annonce qu'elle va avoir un autre enfant. Tout se déroule comme l’a prévu l’ermite.

En 437, quand naît Remi, les chrétiens sont inquiets pour leur avenir. Nicaise, onzième évêque de Reims, est tué en 407 par les Vandales[25]. Les chrétiens sont encore presque tous Gallo-Romains, comme c'est le cas de Sidoine Apollinaire, ou d"Avit de Lyon, ou de Nicaise de Reims. Ils imaginent mal que le christianisme puisse se développer hors des cadres de la civilisation romaine, d’où le drame et l’inquiétude vécus par toutes ces consciences[26].

Le nom donné à l’enfant qui va naître est Remidius (version la plus ancienne) ou Remigius, c’est-à-dire le remède envoyé par Dieu pour sauver la Gaule. Remi est né dans le royaume d'Ægidius et Syagrius (457-486) et il va vivre dans ce reste de l'Empire romain, en Occident, jusqu'à la bataille de Soissons, en 486, c'est à dire l'âge de 49/50 ans.

Remi a, dit-on, pour nourrice la bienheureuse Balsamie que la tradition regarde aussi comme la mère de Celsin, disciple de Remi. Ce dernier, très jeune, et là tous s’accordent, est confié par ses parents à l’église Notre-Dame de Laon pour y faire ses études. Grégoire de Tours dit de lui : Sa connaissance des sciences et de la rhétorique était remarquable, et au moins aussi remarquable sa sainteté, qui le faisaient égaler à St Sylvestre et lui donner le pouvoir de ressusciter les morts. Il étonne ses contemporains par la gravité de ses mœurs et l'ardeur de sa charité.

Remi est de grande taille, et parfaitement proportionnée. Il a le front large, les yeux vifs, la barbe longue, les traits du visage beaux et réguliers[27].

Alors que Remi étudie à Notre-Dame sa mère meurt, en 458. Rémi la fait enterrer à Lavergny. Le testament de Remi est formel à ce sujet : A toi, mon neveu Loup, je confie Lavergny, où j’ai déposé les ossements de ma mère.

Remi peu après la mort de sa mère, se retire du Castrum de Laon pour vivre en solitaire dans une creutte (= grotte en picard) du plateau (sur l’emplacement de la future abbaye Saint-Vincent). C’est là que, suivant la tradition, on trouve le jeune homme en prière, lorsqu’on vient le chercher pour devenir évêque métropolitain de Reims.

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Sarcophage du général romain Jovin de Reims.

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Un ange et saint Montan annoncent la naissance de Remi à ses parents.

Évêque métropolitain gallo-romain (459-486) Modifier

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Du temps d'Ægidius (459-464) Modifier

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Le royaume du Gallo-Roman Syagius.

Ægidius est un général romain qui défend et dirige le royaume de Soissons (457-486) (= nord de la Gaule) jusqu’à sa mort en 464. Le prédécesseur de Remi, Bennagius, s'entend très mal avec ce roi. Ce prélat est un partisan des Barbares[28], comparable à bien des traîtres par la suite ecclésiastiques. Dépossédés par l'établissement des Barbares de la plupart des charges politiques qu'ils détenaient dans l'administration impériale, les nobles gallo-romains vont se tourner vers l'Église[29]. Désiré de Bourges ou Désiré de Verdun en sont des exemples.

Remi est élu évêque de Reims, métropole de la Belgique Seconde, en 459, sous le règne d'Ægidius, à seulement vingt-deux ans. Il n'est même pas encore entré dans les ordres et les canons exigent que l'élu ait trente ans[30]. Le frère de Remi, Principius, n'est pas à évêque de Soissons à cette date. Il ne va l'être qu'en 474.

Voici le portrait hagiographique que trace Flodoard de Remi: Saint Remi était libéral en aumône, assidu en vigilance, attentif en oraison, prodigue en bonté, parfait en charité, merveilleux en doctrine, toujours saint dans la conversation ; l'aimable gaîté de son visage annonçait la pureté et la sincérité de son âme, comme le calme de ses discours peignait la bonté de son coeur. Aussi fidèle à remplir en oeuvres les devoirs du salut qu'à enseigner la prédication, son air vénérable et sa démarche imposante commandaient le respect, inspirant la crainte par sa sévérité, l'amour par sa bonté. Il savait tempérer la rigueur de sa censure par la douceur de sa bienveillance. Si l'austérité de son front semblait menacer, on se sentait attiré par la sérénité de son coeur. Pour les chrétiens fidèles, c'était saint Pierre et son extérieur imposant; pour les pécheurs, c'était saint Paul et son âme tendre. Ainsi, par un double bienfait de la grâce, qui reproduisait en lui la piété de l'un et l'autorité de l'autre, on le vit pendant toute sa vie dédaigner le repos, fuir les douceurs, chercher le travail, souffrir les humiliations, s'éloigner des hommes ; pauvre de richesses, et riche de bonnes oeuvres, humble et modeste devant la vertu, sévère et intraitable contre le vice ; en sorte que, comme le dit Hincmar, il réunit en lui toutes les vertus chrétiennes et les pratiqua toutes à la fois, avec une perfection que bien peu pourraient porter dans l'exercice d'une seule. Toujours occupé de bonnes oeuvres, toujours plein de componction et de zèle, il n'avait autre chose à coeur que de s'entretenir de Dieu par la lecture ou le sermon, ou avec Dieu par la prière ; et sans cesse atténuant et affaiblissant son corps par le jeûne, il s'efforçait de vaincre le démon particulier par un martyre continuel. Cependant notre saint prélat s'efforçait avant tout de fuir l'ostentation des vertus ; mais une grâce si éclatante et si haute ne pouvait rester secrète. Il attira les regards et l'admiration de tous, comme la cité bâtie sur la montagne ; et le Seigneur ne voulait pas laisser sous le boisseau la lumière qu'il avait placée sur le chandelier, et à laquelle il avait donné de brûler du feu de la charité divine et d'éclairer son Eglise du brillant flambeau des vertus chrétiennes...[31].


Son activité missionnaire s'étend jusqu'à la Belgique. Reims est la métropole de la province romaine de Belgique seconde, qui comprend onze autres cités : Soissons, Châlons, Vermand, Saint Quentin, Senlis, Beauvais, Amiens, Arras, Therouanne (près de Saint-Omer), Boulogne, Cambrai et Tournai.

Remi crée tout un réseau d'assistance pour les pauvres. Déjà ravagée et pillée, en 406, par les Vandales, Reims vient à l'époque de son élection d'être attaquée par les Huns (451). La ville romaine a été incendiée et du fait de la misère, les habitants, non emmenés en esclavage, reconstruisent des maisons en torchis. À la faveur de la paix relative, due aux efforts d'Aegidius, la ville et l'Église de Reims se relèvent de leurs ruines[32].

Childéric aide, en 463, Ægidius à refouler l'offensive des Wisigoths au nord de la Loire. Ægidius repousse les Wisigoths qui menacent les alentours de la Seine[33]. Les Wisigoths sont vaincus et repoussés au-delà de la Loire. Les Francs sont des auxiliaires fidèles d'Ægidius et du comte Paul. Ce dernier commande dans la vallée de la Loire du temps de Childéric[34].

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Scènes de la vie de saint Remi liées au baptême de Clovis.

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Couronnement de Pharamond Childéric et la reine Basine.

L'assassinat d’Ægidius ne profite pas à Ricimer et au gouvernement qui siége encore à Ravenne, mais aux Barbares fédérés. En 464, Ægidius laisse le pouvoir à son fils Syagrius, qui est pro-Wisigoth, ce qui rejette les Francs dans le camp adverse. Ces Barbares, dont les progrès sont continuels depuis la bataille des champs catalauniques, semblent déjà les maîtres prédestinés de la Gaule. Les Gallo-Romains sont réduits à se tourner de leur côté et à se rallier à leurs princes, comme ils se ralliaient autrefois aux usurpateurs couronnés par les armées. Les rois fédérés sont revêtus des titres de patrice et de maître des milices, ils ont remplacé les Ætius et les Ægidius. Ils sont devenus les représentants et les premiers lieutenants des empereurs. Le contenu de la tombe de Childéric démontre que ce roi est influencé par les cultures païennes et germano-romaines[35].

Du temps de Syagrius (464-486) Modifier

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Syagrius finit sa vie dans une prison égorgé par les Barbares de Clovis.

Remi fonde les sièges épiscopaux de Thérouanne, Laon et Arras[36].

Remi joue un rôle de médiateur auprès des Barbares.

Chilpéric meurt en 481. Remi s’empresse d'écrire à Clovis pour le reconnaitre officiellement et lui conseiller de toujours s’appuyer sur l’autorité des évêques pour asseoir son pouvoir. Il ne faut pas s'étonner de ce que Remi ne se soit pas intéressé davantage au général romain Syagrius, fils d'Aegidius. Syagrius ne détenait son autorité de personne et ses droits n'étaient pas mieux fondés que ceux du fils de Childéric, qui,

Le premier acte de Clovis est d’attaquer Syagrius, fils d’Ægidius, qui gouverne en qualité de patrice le pays entre la Somme et la Loire. Syagrius réside à Soissons. On ignore aussi le motif de la querelle que Remi a avec Syagrius. On sait seulement que Remi, évêque de Reims, dont la décision va être d’un grand poids, se déclare contre lui. L'infection chrétienne, dont parle Alain de Benoist s'est étendue d'abord aux Romains. Comme ceux-ci perdent la guerre les prélats trahissent les leurs[37].

Remi correspond avec Sidoine Apollinaire Modifier

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Sidoine Apollinaire

Ses déclamations sont admirées de façon savante par Sidoine Appollinaire, dans la lettre à Remi élégamment écrite (Livre IX,7) mais elles sont perdues.

Sidoine, au seigneur PAPE Rémi, salut.

Quelqu'un de notre pays ayant eu occasion d'aller d'Auvergne en Belgique (quoique je connaisse la personne, j'ignore pour quel motif, et d'ailleurs cela n'importe), et s'étant arrête à Reims, a trouvé moyen je ne sais si c'est par argent ou par service, avec ou sans ta permission, de se procurer, auprès de ton secrétaire ou de ton bibliothécaire, un manuscrit fort volumineux de tes sermons. De retour ici tout glorieux d'avoir rapporte tant de volumes, quoique d'abord il se les fût procurés dans l'intention de les vendre, en sa qualité de citoyen, dont il est bien digne il est venu nous en faire un présent. Tous ceux qui étudient et moi, après les avoir lus avec fruit, nous avons pris à tache d'en apprendre la plus grande partie par cœur, et de les copier tous. Tout le monde a été d'accord qu'aujourd'hui il n'y a que bien peu de personnes capables d'écrire ainsi. En effet, on trouverait difficilement quelqu'un qui réunît tarit d'habileté dans la disposition des motifs, le choix de l'expression et l'arrangement des mots. Ajoutez à cela l'heureux a propos des exemples, l'autorité des témoignages, la propriété des épithètes, l'urbanité des figures, la force des arguments, le poids des pensées, la rapide facilité du style, la rigueur foudroyante des conclusions. La phrase est forte et ferme; tous ses membres bien liés par des conjonctions élégantes: toujours coulante, polie, et bien arrondie; jamais de ces alliances malheureuses qui offensent la langue du lecteur, ni de ces mots rocailleux qu'elle est obligée de balbutier en les roulant avec peine sous la voûte du palais elle glisse et court jusqu'à la fin avec une douce aisance c'est comme lorsque le doigt effleure avec l'ongle un cristal ou une cornaline, sans rencontrer ni aspérité, ni fente qui l'arrête. Que te dirai-je enfin ? je ne connais point d'orateur vivant que ton habileté ne puisse surpasser sans peine, et laisser bien loin derrière toi ? Aussi je soupçonne presque seigneur évêque, je t'en demande pardon, que tu es un peu fier de ta riche et ineffable éloquence. Mais, quel que soit l'éclat de tes talents d'écrivain comme de tes vertus, nous te prions de ne pas nous dédaigner, car si nous ne savons pas bien écrire, nous savons louer ce qui est bien écrit. Cesse donc aussi désormais de décliner des jugements dont tu n'as à craindre ni critiques mordantes, ni reproches sévères. Autrement, si tu refuses de féconder notre stérilité par tes éloquents entretiens, nous serons aux aguets de tous les marchés de voleurs, et nous subornerons et aposterons d'adroits fripons dont la main subtile ravagera ton portefeuille. Et alors, te voyant dépouillé peut-être seras-tu sensible au larcin, si tu ne l'es pas aujourd'hui à nos prières et au plaisir d'être utile[38].

A l’autorité que lui donnent ses richesses et l’illustration de sa race, Remi joint celle de ses talents personnels. Il va être, après la mort de Sidoine, le premier écrivain et le premier poète des Gaules. 

Un miracle de Remi Modifier

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Les miracles racontés par les hagiographes vont contribuer à la propagation de la superstition en Europe. Il faut attendre la Renaissance pour voir les théologiens de la Réforme mettre en doute l'existence des miracles et leur intérêt. Guillaume Farel écrit dans "Du vray usage de la croix de Jesus-Christ" : Regarde Judas, grand Apostre, preschant ce qu'il auoit appris de Jesus, faisant tout plein de miracles : mais tout n'est rien. Et pourtant, ceux qui ont prophetizé & fait miracles, qui ne sont pas des éleuz, seront reiettez: en quoy le monde est grandement abusé, n'ayánt cognoissance de l'ordonnance de Dieu inestimable, jugeant aucun estre sainct à cause des miracles, & autres choses, auant le temps que nostre Seigneur vienne. Car pour les miracles, ne telles choses, on n'est point sainct. le laisse les miracles controuuez: les miracles sont aussi faitz par les reprouuez. Et ceux que Dieu a aymez grandement (comme plusieurs Prophetes & lean Baptiste) n'ont fait aucuns miracles[39].

Flodoard écrit :

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Reconstitution d'une tombe de jeune femme à l'exposition "Reims Capitale Mérovingienne" au Musée Saint Rémi.

Une jeune fille d'illustre origine, née à Toulouse, était depuis son enfance possédée du malin esprit. Ses parents, qui l'aimaient tendrement, la conduisirent avec grande dévotion au sépulcre de l'apôtre saint Pierre. Or, dans le même pays d'Italie florissait alors le vénérable Benoît, en grande réputation et éclat de vertu. Les parents de la jeune fille, entendant parler de ce saint personnage, avisèrent de la lui mener: mais après bien des jeûnes et des prières, travaillant en vain à la purification de cette pauvre enfant, Benoît ne put parvenir à la guérir du venin du cruel serpent, et tout ce qu'il put arracher de l'antique ennemi de l'homme, en l'adjurant au nom de Dieu, fut cette réponse, que personne autre que le bienheureux évêque Rémi ne pourrait le chasser du corps où il faisait son séjour. Alors les parents, appuyés de la protection du bienheureux saint Benoît lui-même, et d'Alaric roi des Goths, et munis de lettres de leur part pour saint Rémi, viennent trouver le saint évêque avec la jeune possédée, le suppliant de faire voir, dans la délivrance de leur enfant, cette vertu que l'aveu du larron lui-même leur avait annoncée. Rémi résiste long temps disant qu'il n'en est pas digne et se défend avec son ordinaire humilité. A la fin, il cède aux prières du peuple qui lui demande en grâce de prier pour cette jeune fille, et de compatir aux larmes de ses parents. Alors donc, armé des mérites de sa sainteté, il commande à l'esprit inique de sortir par où il est entré, et de laisser en paix la servante de Jésus-Christ, et aussitôt le démon sort par la bouche, comme il était entré, avec grand vomissement et exhalaison fétide. Mais peu de temps après, lorsque le saint évêque se fut retiré, la jeune fille, épuisée à la peine, tomba privée de la chaleur de la vie et rendit l'esprit. La foule se porte de nouveau vers le médecin, et renouvelle ses prières. Saint Rémi au contraire dit qu'il a empiré le mal au lieu d'y apporter remède, et s'accuse d'avoir tué au lieu d'avoir guéri. Cependant, vaincu encore une fois par les instances du peuple, il revient à l'église de saint Jean, où le corps gisait sans vie. Là il se prosterne avec larmes sur le parvis des saints, et exhorte l'assemblée à en faire autant. Ensuite, se relevant après avoir versé un torrent de larmes il ressuscite la jeune morte, comme auparavant il l'avait délivrée du démon. Aussitôt prenant la main de l'évêque celle-ci se leva en pleine et entière santé et s'en retourna heureusement dans son pays[40].
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Saint Remi ressuscite une jeune fille.

Un autre miracle de Remi Modifier

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Flodoard écrit :

On raconte encore de lui un autre miracle à peu près semblable à celui que nous venons de réciter. Un malade d'une famille illustre, qui n'avait point encore été baptisé, fit prier saint Rémi de venir le visiter et de lui administrer le saint sacrement du baptême, parce qu'il sentait sa fin approcher. Le bienheureux évêque demanda au curé du lieu l'huile et le saint chrême, mais il se trouva qu'il n'y avait plus rien dans les vases sacrés Rémi prend les vases vides, les place sur l'autel et se prosterne en oraison sa prière faite, il trouve les vases pleins. Oignant donc le malade avec cette Huile donnée par un miracle, et ce saint chrême venu du ciel, il lui conféra le baptême, selon la coutume de l'Eglise, et lui rendit la santé de l'âme en même temps que celle du corps[41].

Voici une autre légende destinée à convaincre les païens, qui comme les parents de Guillaume Farel croient à tout[42] : Il réprima par sa présence un grand incendie qui menaçait la ville de Reims d'une ruine complète. En descendant pour cela de l'église de Saint-Nicaise, il imprima si forlement ses vestiges sur une pierre, qu'ils y sont toujours demeurés depuis ce temps-là ; et à peine parut-il devant les flammes, faisant le Signe de Croix et invoquant le nom de Jésus-Christ, qu'elles s'enfuirent devant lui aussi vite qu'il put les poursuivre[43].

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La main de Dieu remplit deux flacons [sic].

La conversion des Barbares Modifier

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Clovis rend la justice (vase dit de Soissons)

Lorsqu'enfin Clovis succède à son père Childéric, en qualité de petit roi de Tournai, le nord de la Gaule romaine est sous la dépendance de Syagrius, fils d'Ægidius. Dès l’accession au pouvoir du jeune roi Clovis, nouveau maître de la Belgique Seconde, l’évêque Remi est en relation amicale avec lui et lui donne des conseils de bon gouvernement.

L'histoire du retour des vases sacrés de Soissons, qui ont été volés à son frère, Principius[44], puis rendus à Remi, témoigne des relations amicales qui existent entre le roi encore païen et l'évêque responsable du nord de la Gaule. En effet, un jour ses soldats, passant auprès de Soissons[45], en pillent une église et emportent les ornements et les vases sacrés. A la demande de Remi, Clovis demande, contre la tradition, que les vases lui soient donnés. La plupart des guerriers y consentent, sauf un seul qui brise d'un coup de hache un vase sacré. Chacun est surpris de cet acte irrespectueux. Le roi dissimule sa rage. Quelques mois plus tard, le 1er mars 487, lors de la revue d'inspection annuelle de l'armée lors d'un Champ de Mars (= parade avant la guerre), probablement à Soissons[46], il jette une de ses armes à terre, sous prétexte qu'elle n'est pas luisante comme elle devrait l'être. Puis, pendant que guerrier se baisse pour la ramasser, il lui décharge un coup de hache sur la tête et le tue de sa main, en lui disant : Tu frappas ainsi le vase à Soissons !. Dans la réalité le guerrier frappe le vase d'un coup de hache, mais il n'est pas brisé, mais seulement cabossé car il est en métal[47]. Heureux de le récupérer, même cabossé, Clovis le rend à Remi. En remerciement pour ce premier témoignage d'amitié, ce dernier demandera dans son testament que le vase soit fondu en encensoir[48].

Une bague cruciforme, en or et incrustée de grenats, trouvée dans sépulture de jeune femme, datant de le première moitié du VIModèle:Exp siècle soulève l’hypothèse de la christianisation des chefs francs de Saint-Dizier[49].

Remi exerce alors dans la Belgique seconde, autant par ses grands talents que par la dignité dont il est revêtu, (autorité qui a naguère appartenu à Sidoine Apollinaire dans l’Auvergne et les contrées du centre). Il entretient avec Clovis une correspondance que nous avons encore, il lui donne des conseils et il entreprend de le conseiller. Il lui présente le christianisme comme la vraie religion et la condition de son règne sur les Gallo-Romains.

Évêque des Francs (486-533) Modifier

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Sous le règne de Clovis (486-512) Modifier

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Statue de Clotilde.

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Clovis à la bataille de Tolbiac.

Quand le chef franc Clovis prend le pouvoir, Remi lui envoie un message : Soulage tes concitoyens, secours les affligés, protège les veuves, nourris les orphelins.

Les Francs, grands vainqueurs de tous ces mouvements de peuples, rappelle Alain de Benoist, occupent d abord la Gaule du Nord, puis, sous Clovis et ses fils, ne vont cesser d'étendre leur influence. Comme les autres peuples germaniques, Les Francs partagent le culte des Ases, desquels les familles royales sont censées descendre[50]. L'arianisme leur permet de conserver leur pouvoir religieux. Le roi barbare concentre ainsi les pouvoirs de chef de guerre, heerkönig[51]), chef d'État et chef de l'Église entre ses mains[52]. L'Eglise conciliaire prône, elle, le partage des pouvoirs entre le roi et le Pontifex maximus (= pontife supérieur). Comme les Grecs anciens et les Romains païens, les Germains sont insérés merveilleusement dans leur monde et dans la nature. L'équilibre entre le fini et l'infini, secret du monde antique, va disparaître, selon Alain de Benoist, avec la propagation du christianisme[53]. Selon plusieurs historiens, cC'est l'arianisme, religion des dieux et des héros, que par son baptême Clovis doit avoir en réalité renié[54].

La seconde femme de Clovis est la princesse burgonde Clotilde (474-545), fille du roi burgonde Chilpéric (ca 445-493) et pas Caretena (ca 450-506)[55]. Le nom et les origines de la femme de Chilpéric le Jeune ne nous sont pas connus. Sidoine Appollinaire ne tarit pas d'éloge sur cette reine concernant son influence sur son mari. Il la compare à Tanaquil, l'épouse de Tarquin l'Ancien ou Agrippine, l'épouse de Germanicus[56]. La foi catholique de sa mère fait que des patriciens comme Sidoine Appollinaire ou l'évêque Patiens ont beaucoup d'estime pour son père.

Chrona, la sœur aînée de Clotilde, est religieuse. La femme de Clovis va être pour beaucoup dans sa conversion[57]. Le mariage a lieu après la mort de Chilpéric, en 593. Il est permis de penser que Remi et d’autres évêques ne sont pas étrangers à la conclusion d’une alliance qui sert trop bien leurs desseins et leurs intérêts. Le métropolitain de Reims, Remi, renforce cette hypothèse en campant délibérément le fils de Childéric dans la continuité romaine[58], ce qui n'est pas vraiment le cas.

Le roi n’est sans doute pas éloigné de la pensée d’une conversion, du fait de son entourage. La deuxième bataille de Tolbiac (= Zulpich, près de Cologne), en 496, est, paraît-il, l’évènement clé, le détonateur de la conversion de Clovis à la religion chrétienne[59]. Les guerriers francs sont moins nombreux que les Alamans, dangereux adversaires. Grégoire de Tours, dans le chapitre II de l'Histoire des Francs, nous dit que Clovis fait un marché avec Dieu : O Jésus-Christ, que Clotilde affirme Fils du Dieu Vivant, toi qui donnes du secours à ceux qui sont en danger, et accordes la victoire à ceux qui espèrent en toi, je sollicite avec dévotion la gloire de ton assistance : si tu m’accordes la victoire sur ces ennemis, et si j'expérimente la vertu miraculeuse que le peuple voué à ton nom déclare avoir prouvé qu'elle venait de toi, je croirai en toi, et me ferai baptiser en ton nom. J'ai en effet invoqué mes dieux, et, comme j'en fais l'expérience, ils se sont abstenus de m'aider; ce qui me fait croire qu’ils ne sont doués d'aucunes puissances; eux qui ne viennent pas au secours de ceux qui les servent. C'est toi que je t’invoque maintenant, je désire croire en toi ; pourvu que je sois arraché à mes adversaires. À ces mots, paraît-il, les Alamans se mettent à reculer. En réalité la mort de leur chef, d'un coup de francisque, comme dans beaucoup de batailles à cette époque, fait fuir l'ennemi. Dans les textes de cette époque, il n'est nulle part question de la prière de Clovis à Tolbiac[60].

Le haut clergé avant le baptême de Clovis le soutient contre les derniers dirigeants de l'Empire, qui sont pourtant des chrétiens gallo-romains, comme eux, en espérant le convertir. Après sa conversion ce soutien devient sans réserve.

Le baptême de Clovis (498 ou 499) Modifier

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Remi baptisant Clovis.

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Les enfants de Clovis élevés dans un palais gallo-romain.

Clovis est accueilli par sa femme et lui annonce sa conversion. Les deux se rendent chez Remi pour le baptême. Remi se retire pour prier. Entre-temps, Dieu commande à saint Michel d'apporter la Sainte Ampoule à Reims, ajoute la légende[61]. C'est après un pèlerinage à Tours, sur le tombeau de Martin, que Clovis demande le baptême, qu’il reçoit, lors du Noël 496, dans la première cathédrale de Reims, située à l’emplacement de la cathédrale actuelle. Les chrétiens bâtissent sur d'anciens thermes gallo-romains cet édifice religieux[62]. Les édifices religieux chrétiens sont hélas bâtis en détruisant le patrimoine de l'Europe.

Remi prend acte de la conversion de ce dernier au catholicisme et, avec l'aide de saint Vaast, selon la légende de ce dernier, qui n'est pas cité par Grégoire de Tours, sous l'influence de sa femme II lui conféra le baptême à Noël d'une date comprise entre 496 et 506. Après Tolbiac : 498 ?

Le baptême de Clovis est un des événements-clefs de l'histoire catholique. C'est durant cette cérémonie que l'on attribue à Remi de Reims la célèbre phrase adressée au roi des Francs : Courbe la tête, fier Sicambre, abaisse humblement ton cou. Adore ce que tu as brûlé et brûle ce que tu as adoré.

Deux sœurs de Clovis sont aussi baptisées avec lui : Alboflède, qui est païenne, et Lanthilde, qui est arienne. Selon les Dix livres d'histoire de l'évêque Grégoire de Tours, 3.000 Francs sont également baptisés. On croit plus communément que c'est le jour de Noël ; mais comme alors le baptême ne se confère qu'à Pâques, ce n'est pas sans raison que plusieurs croient, avec Hincmar et Flodoald, que c'est le samedi saint.

Clovis accorde à Remi des terres, où ce dernier fait bâtir et consacre un grand nombre d'églises.

Après le baptême de Reims, Remi reste, jusqu'à sa mort, l'un des conseillers écoutés du roi et l'un des artisans, en Gaule, du retour à la vérité catholique des Burgondes après le bataille de Dijon et des Wisigoths à Vouillé, deux populations contaminées par l'arianisme. Clovis ne fait rien de considérable sans prendre l'avis et la bénédiction de cet homme de Dieu. Il la prend pour aller combattre Gondebaud et Gondegisil, en Bourgogne. Il la prend pour faire la guerre à Alaric, roi des Goths; et, par la force de cette bénédiction, il remporte d'illustres victoires sur ces trois princes. Il tue Alaric de sa propre main, et joint à son empire une grande partie des provinces des Gaules jusqu'aux Alpes et aux Pyrénées. Clovis s'impose en grande Gaule (sud de la Hollande, Belgique, France actuelle, Suisse) et même au-delà de la Gaule[63].

Clovis pardonne à Euloge, seigneur d'Epernay, coupable de lèse-majesté, pour faire plaisir à Remi. Euloge offre alors au saint sa terre, pour en faire l'héritage de la maison de Dieu. Remi l'accepte, et, par ce moyen, Epernay appartient à l'église de Reims.

Le 27 novembre 511 Clovis décède.

Sous le règne de Thierry (Théodoric) (512 - 533) Modifier

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Combat du roi Remi Thierry (Théodoric) en Thuringe.

Son fils aîné, Thierry (Théodoric) hérite de la plus grande partie de son royaume. Aux prémices de 512, il choisit Reims pour capitale.

En vérité, Remi n'a assisté à aucun des conciles ecclésiastiques gaulois, se faisant à peine représenter peut-être à celui d'Orléans (511). Hincmar comble cette lacune en inventant un synode organisé par Remi à Reims. Une nouvelle légende grotesque raconte que l'évêque y réduit au silence un évêque qui penche pour l'arianisme. La réalité semble bien différente : Remi jouit d'un prestige certain, mais pas auprès de tous ses confrères[64]. L'évêque de Reims a un différend avec trois évêques : Heraclius de Paris, Léon de Sens et Theodosius d'Auxerre, au sujet d'un prêtre nommé Claudius, qui a fait des dettes (péché grave) après son ordination. Claudius, proche de Hlodowig, a été pour cette raison élevé au sacerdoce par Remi. Lorsque l'évêque de Reims le voit coupable, il se dit touché de compassion et imagine le rétablir dans son Ordre. Le concile d'Orléans a pourtant décidé que si un diacre ou un prêtre se rendait coupable d'un crime capital, il serait déposé et excommunié. Claudius croit du fait de ses relations profiter d'un vieillard sans énergie. Les trois évêques se moquent de Remi qui leur écrit une lettre. La réponse de Remi plaide en faveur de la miséricorde et exprime aussi sa vive admiration pour l'œuvre de restauration chrétienne accomplie par Clovis[65].

A la mort du roi Thierry, en 533, ses descendants se succèdent à la tête du royaume de Reims : Théodebert 1er, Théodebald 1er (548-555), puis Sigebert[66].

La fin de la vie de Remi Modifier

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Crypte datant de la première cathédrale de Reims

A la fin de sa vie, Remi souffre de plusieurs maux très douloureux et perd la vue. Remi meurt à l’âge de 96 ans, le 13 janvier 532 ou 533, après un long épiscopat de plus de 70 ans. Il est enterré dans une petite chapelle sur laquelle est construite la basilique actuelle. C’est l’évêque Tilpin ou Turpin († 806) qui fait venir des Bénédictins près du tombeau de Remi pour fonder l’abbaye de Saint-Remi.

Il nous reste peu d'écrits authentiques de Remi, juste son testament et quatre lettres. L'une contient sa défense au sujet de Claudius, deux écrites à Clovis Ier et une quatrième à l'évêque de Tongres. Et puis il existe de nombreux faux.

En 852, Hincmar procède à une élévation de ses reliques, dont une partie minime est déplacée à Sainte-Marie de Reims. La châsse est mise à l'abri, en 882, du fait des invasions normandes à Épernay, puis solennellement rapportée, en juin 883, à Sainte-Marie. En 900, l'archevêque Hervé replace les reliques à Saint-Remi où elles sont vénérées jusqu'à la Révolution française. Le corps de Remi est conservé preque intact, paraît-il.

Les Carolingiens, les Capétiens, les Valois, les Bourbons et même les Napoléonides chercheront, au moment des crises de régime, à retrouver ou à conforter leur légitimité en récupérant le baptême de Clovis[67]. Au fil des siècles, l'histoire de Clovis est utilisée à toutes les sauces, même les plus indigestes.

Son testament Modifier

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À propos du testament de Remi, il existe deux versions, dites traditionnellement version courte ou petit testament et version longue ou grand testament[68]. Le Grand testament de Remi[69] est probablement apocryphe, mais il va être prouvé comme étant indiscutablement authentique par l'abbé Dessailly de l'Académie de Reims[70]. Le petit testament, contenu dans certains manuscrits de la Vita Remigii est lui authentique.

La Sainte Ampoule Modifier

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La colombe de l'Esprit Saint apporte l'Ampoule à Remi.

Au moment du baptême de Clovis. assimilé à son sacre, une colombe apporte, raconte une légende, à Remi la Sainte Ampoule, contenant l'huile du baptême. En souvenir de cet événement, Reims va devenir la ville du sacre des rois de France[71].

Hincmar nous a déjà raconté la découverte de deux flacons avec leur parfum unique surnaturelle, pour le baptême du païen moribond. Pour le baptême par Remi de Clovis, il invente une nouvelle légende, à savoir que le Saint Chrême utilisé par Remi lui est miraculeusement fourni par le ciel lui-même. Hincmar en déduit que le possesseur de cette ampoule envoyée du ciel. L'archevêché de Reims, doit donc être reconnue comme le site divinement choisi pour toutes les onctions ultérieures des rois de France. Le sort du deuxième flacon est incertain. Il est semble t'il par la suite utilisé pour l'onction des reines de France et il est possible que le flacon actuellement identifié par quelques-uns des légitimistes comme la Sainte Ampoule est en fait ce second flacon[72].

En effet, la Sainte Ampoule va être brisée solennellement pendant la Terreur. Selon, un certain Clausel de Coussergues, auteur Du Sacre des Rois de France, en 1825, la veille, le curé constitutionnel et un officier municipal, ont retiré une partie du contenu de la Sainte Ampoule et le cachent. Miraculeusement un nouveau reliquaire est prêt à temps pour le sacre de Charles X. En 1906, du fait de la loi de séparation des Églises et de l'État, un archevêque vole le Saint Chrême reconstitué, paraît-il, en 1825.

Peut-être la légende de la Sainte Ampoule est-elle née lors de la deuxième translation des reliques de Remi, en 852, comme l'a suggéré Sir F. Oppenheimer ? En effet, les descriptions anciennes de la Sainte Ampoule et d'une autre ampoule conservées à Saint-Rémi nous font penser aux fioles de parfum qui sont enterrées avec les morts. La disgrâce de Hincmar, en 875, fait qu'il invente cette légende. Elle lui permet de retrouver la primauté sur l'archevêché de Sens après 877. A cette date, il n'a pas encore écrit sa Vita sancti Remigii et il doit couronner Louis le Bègue à Compiègne.

Mais l'histoire de la colombe descendue du ciel avec le flacon va faire que les rois seront couronnées désormais à Reims[73]. Désormais ou presque c'est à partir d'Henri Ier de France, en 1027, que tous les rois de France sont sacrés à Reims (sauf Louis VI, Henri IV, Louis XVIII et l'orphelin du Temple).

Pourtant Remi, dans son testament ne dit pas un mot de cette Sainte-Ampoule.

Bibliographie Modifier

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  • Marie-Céline Isaia, Remi de Reims, Paris, Cerf, 2010.
  • Clovis sans auréole (Robert de Herte), in Eléments, Paris, juin 1996 - repris in La légende de Clovis...
  • Les plus grands saints. Leur vie et leur portrait. France Loisirs. Paris 1994
  • Extraits de la vie des saints de Butler, 1956, 1985, 1991.
  • Jacques de Voragine, La Légende dorée, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2004
  • Patrick Demouy, Petite Vie de saint Remi, Paris, Desclée de Brouwer, 1997.

Notes et références Modifier

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  1. Il signe sous ces deux noms.
  2. Sainte Cilinie et l'enfance de saint Remi.
  3. The Grand Testamentum of Remigius of Reims: Its Authenticity, Juridical Acta and Bequeathed Property, Noel Lazaro Delgado, University of Minnesota. History, ProQuest 2008.
  4. Saint-Remi de Reims, Volume 8 de Bibliothèque, Société Francaise d'Archeologie, Anne Prache, Librairie Droz, 1978.
  5. La Noblesse du Midi carolingien, Volume 5 de Occasional publications of the Oxford Unit for prosopographical research. Prosopographica et genealogica, Christian Settipani, Occasional Publications UPR, 2004.
  6. Le mystère de Saint Remi, Volume 477 de Textes littéraires français, Tlf Series, Jelle Koopmans, Librairie Droz, 1997.
  7. La Noblesse du Midi carolingien, Volume 5 de Occasional publications of the Oxford Unit for prosopographical research. Prosopographica et genealogica, Christian Settipani, Occasional Publications UPR, 2004.
  8. Les saints du calendrier romain : avec les propres nationaux d'Afrique du Nord, de Belgique, Canada, France, Luxembourg, Suisse : prier avec les saints dans la liturgie, Enzo Lodi, Mediaspaul Editions.
  9. Laurent Theis, Clovis : de l'histoire au mythe, Complexe, 1996.
  10. Jean Devisse, Hincmar, archevêque de Reims5845-882), tome 2, p.1006.
  11. Remi de Reims: Mémoire d'un saint, histoire d'une Eglise, Volume 35 de Histoire religieuse de la France, Marie-Céline Isaïa, Cerf, 2010.
  12. Le baptême de Clovis, son écho à travers l'histoire, Volume 2 de Clovis : histoire et mémoire / sous la dir. de Michel Rouche, Presses Paris Sorbonne, 1997.
  13. Die Franken und die Alemannen bis zur "Schlacht bei Zülpich" (496/97), Volume 19 de Reallexikon der Germanischen Altertumskunde - Ergänzungsbände, Dieter Geuenich, Walter de Gruyter 1998.
  14. Chroniques d'un révolutionnaire conservateur, Jan Marejko, L'AGE D'HOMME, 1985.
  15. Les droites nationalistes en France: une approche anthropologique et mythocritique des groupes et des imaginaires politiques, Alexandre Reyne, Presses universitaires du Septentrion, 2001.
  16. The Spectator, Volume 8, Joseph Addison, Sir Richard Steele, 1979.
  17. L'empire intérieur, Alain de Benoist, Fata Morgana, 1995.
  18. Le mystère de Saint Remi, Volume 477 de Textes littéraires français, Tlf Series, Jelle Koopmans, Librairie Droz, 1997.
  19. La Noblesse du Midi carolingien, Volume 5 de Occasional publications of the Oxford Unit for prosopographical research. Prosopographica et genealogica, Christian Settipani, Occasional Publications UPR, 2004.
  20. http://www.histoireaisne.fr/memoires_numerises/chapitres/tome_08/Tome_008_page_072.pdf Sainte Cilinie et l'enfance de saint Remi.
  21. Annales du diocèse de Soissons, Louis-Victor Pécheur, Morel, 1863.
  22. Matthisen, Ecclesiastical Factionalism and Religious Controversy in Fifth-Century Gaul, Washington: Catholic University of America, 1989.
  23. La Noblesse du Midi carolingien, Volume 5 de Occasional publications of the Oxford Unit for prosopographical research. Prosopographica et genealogica, Christian Settipani, Occasional Publications UPR, 2004.
  24. La Noblesse du Midi carolingien, Volume 5 de Occasional publications of the Oxford Unit for prosopographical research. Prosopographica et genealogica, Christian Settipani, Occasional Publications UPR, 2004.
  25. San Nicasio di Reims
  26. Sainte Cilinie et l'enfance de saint Remi
  27. Histoire de saint Remi, 436-532, Aubert, Alexandre, J.-L. Le Roy (Châlons-sur-Marne) 1872.
  28. Travaux de l'Académie nationale de Reims, Volume 152, Academie Nationale de Reims, F. Michaud 1942.
  29. É. Griffe. La Gaule chrétienne à l'époque romaine, t.III : La cité chrétienne, M. Meslin, Revue de l'histoire des religions, 1966, numéro  170-2.
  30. Le mystère de Saint Remi, Volume 477 de Textes littéraires français, Tlf Series, Jelle Koopmans, Librairie Droz, 1997.
  31. Histoire de saint Remi, 436-532, Aubert, Alexandre, J.-L. Le Roy (Châlons-sur-Marne) 1872.
  32. Travaux de l'Académie nationale de Reims, Volume 152, Academie Nationale de Reims, F. Michaud 1942.
  33. Royauté et idéologie au Moyen Âge: Bas-Empire, monde franc, France (IVe-XIIe siècle), Yves Sassier, Armand Colin, 2012.
  34. Royauté et idéologie au Moyen Âge: Bas-Empire, monde franc, France (IVe-XIIe siècle), Yves Sassier, Armand Colin, 2012.
  35. Jean-Pierre Leguay, L’Europe des États barbares, Paris Belin 2002.
  36. Les saints du calendrier romain : avec les propres nationaux d'Afrique du Nord, de Belgique, Canada, France, Luxembourg, Suisse : prier avec les saints dans la liturgie, Enzo Lodi, Mediaspaul Editions.
  37. Chroniques d'un révolutionnaire conservateur, Jan Marejko, L'AGE D'HOMME, 1985.
  38. FLODOARD, HISTOIRE DE L’ÉGLISE DE RHEIMS
  39. Du vray usage de la croix de Jesus-Christ: suivi de divers écrits du même auteur, Guillaume Farel, J.-G. Fick, 1865.
  40. FLODOARD, HISTOIRE DE L’ÉGLISE DE RHEIMS
  41. FLODOARD, HISTOIRE DE L’ÉGLISE DE RHEIMS
  42. Du vray usage de la croix de Jesus-Christ: suivi de divers écrits du même auteur, Guillaume Farel, J.-G. Fick, 1865.
  43. 1er octobre. Saint Remi, XVe archevêque de Reims, apôtre des Francs. 533.
  44. Le mystère de Saint Remi 03526408X Mystère de saint Remi, Volume 477 de Textes littéraires français, Tlf Series, Jelle Koopmans, Librairie Droz, 1997.
  45. Le mystère de Saint Remi 03526408X Mystère de saint Remi, Volume 477 de Textes littéraires français, Tlf Series, Jelle Koopmans, Librairie Droz, 1997.
  46. Les Francs, Collection Civilisations, Perspectives Germaniques, Patrick Périn, Laure-Charlotte Feffer, A. Colin, 1997.
  47. Les Francs, Collection Civilisations, Perspectives Germaniques, Patrick Périn, Laure-Charlotte Feffer, A. Colin, 1997.
  48. Réalités, Numéros 410 à 413, Spectacle du monde, 1996.
  49. Exposition Reims capitale mérovingienne
  50. Michel Rouche, Clovis, Fayard, 1996.
  51. Patrick J. Geary, Naissance de la France : le monde mérovingien, Flammarion, 1989.
  52. Michel Rouche, Clovis, Fayard, 1996.
  53. Chroniques d'un révolutionnaire conservateur, Jan Marejko, L'AGE D'HOMME, 1985.
  54. Les Idées à l'endroit, Essai (Paris. 1978), Essai (J.-E. Hallier, Alain de Benoist, Hallier, 1979.
  55. À l'ombre du pouvoir: les entourages princiers au Moyen âge, Volume 283 de Bibliothèque de la Faculté de Philosophie et Lettres de l'Université de Liège, Alain Marchandisse, Jean-Louis Kupper, Librairie Droz, 2003.
  56. Revue historique, Numéro 647, Gabriel Monod, Charles Bémont, Sébastien Charléty, Pierre Renouvin, Presses universitaires de France, 2008.
  57. À l'ombre du pouvoir: les entourages princiers au Moyen âge, Volume 283 de Bibliothèque de la Faculté de Philosophie et Lettres de l'Université de Liège, Alain Marchandisse, Jean-Louis Kupper, Librairie Droz, 2003.
  58. Royauté et idéologie au Moyen Âge: Bas-Empire, monde franc, France (IVe-XIIe siècle), Yves Sassier, Armand Colin, 2012.
  59. Le baptême de Clovis, son écho à travers l'histoire, Volume 2 de Clovis : histoire et mémoire / sous la dir. de Michel Rouche, Presses Paris Sorbonne, 1997.
  60. Le baptême de Clovis, son écho à travers l'histoire, Volume 2 de Clovis : histoire et mémoire / sous la dir. de Michel Rouche, Presses Paris Sorbonne, 1997.
  61. Le mystère de Saint Remi, Volume 477 de Textes littéraires français, Jelle Koopmans, Librairie Droz, 1997.
  62. Patrick Demouy, Notre-Dame de Reims : Sanctuaire de la monarchie sacrée, Paris, CNRS Éditions, coll. Patrimoine au présent, mars 1995.
  63. Des livres politiquement incorrects, Vérités pour l'histoire, Philippe Randa, Dualpha, 2000.
  64. Remi de Reims: Mémoire d'un saint, histoire d'une Eglise, Volume 35 de Histoire religieuse de la France, Marie-Céline Isaïa, Cerf, 2010.
  65. Wladimir Guettée, Histoire de l'Église de France, tome 2, Jules Renouard, 1856.
  66. Exposition Reims capitale mérovingienne
  67. Le baptême de la France: Clovis, Clotilde, Geneviève, Joël Schmidt, Seuil, 1996.
  68. Clovis: Le Baptême de Clovis, son écho à travers l'histoire, Volume 2 de Clovis: histoire & mémoire, Michel Rouche, Presses Paris Sorbonne, 1997.
  69. Michel Morin, Chris Perrot, Le Retour du lys, Fernand Lanore, 1985.
  70. Michel Morin, Chris Perrot, Le Retour du lys, Fernand Lanore, 1985.
  71. Grand livre des saints: culte et iconographie en Occident, Jacques Baudoin, EDITIONS CREER, 2006.
  72. Oppenheimer, Sir Francis, The Legend of the Ste. Ampoule, London: Faber & Faber 1953.
  73. Saint-Remi de Reims, Volume 8 de Bibliothèque, Société Française d’Archéologie, Anne Prache, Librairie Droz, 1978.

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