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Eugène Deloncle.

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Les chefs des principaux partis collaborationnistes en 1941. De gauche à droite : Costantini (Ligue française), Déat (RNP), Deloncle (MSR) et Doriot (PPF).

Eugène Antoine Deloncle est né à Brest, le 20 juin 1890. Sur beaucoup de documents officiels son prénom est Antoine. Il est assassiné par la Gestapo, à Paris, le 7 janvier 1944 (à l'âge de 53 ans). 


C'est un homme brillant : Polytechnicien, major de l'Ecole du Génie maritime, mais aussi un homme d'ordre, un orléaniste. Ce Condottiere des temps modernes, féru d'histoire des sociétés secrètes et d'ésotérisme, est un maître conspirateur acharné[1]. Ancien combattant de la Première Guerre mondiale, il quitte l'Action française en 1935, pour fonder son propre organisation, le Comité Secret d'action révolutionnaire (C.S.A.R.), plus connu sous le nom de ''La Cagoule''.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, Deloncle créé un mouvement soutenant la France de Vichy et Philippe Pétain, le Mouvement Révolutionnaire Social (Mouvement social-révolutionnaire) M.S.R.. Ensuite, il se rapproche du Rassemblement national populaire (R.N.P.) de Marcel Déat, mais entre en conflit avec celui-ci en mai 1942.

La participation de Deloncle aux complots de Canaris et l'Abwehr, pour assassiner Hitler fait de lui un ennemi de la Gestapo. Des nazis le tuent et blessent son fils. Le reste de sa famille est emprisonné à Fresnes.

''La Cagoule'' a beaucoup de ses membres tués par les nazis. Les survivants quand ils reviennent de déportation sont emprisonnés.

BIOGRAPHIE Modifier

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Sa famille Modifier

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Hommage au père d'Eugène Deloncle.

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François Deloncle.

Son grand-père est Eugène Deloncle, préfet, condisciple et ami de Gambetta, qui est rejeté par l'Empire en 1852 pour avoir refusé de prêter serment, alors qu'il est professeur de collège[2].

Deloncle (1890 - 1944) est le fils du capitaine de vaisseau Louis Deloncle (1854 - 1898), qui refuse de quitter la passerelle du paquebot La Bourgogne, lors de son naufrage, le 4 juillet 1898, et est englouti en mer avec lui ; et d'Anna Ange Marie Grossetti.

Jacques Laurent (1919-2000) écrit :

Mon grand-père maternel réussissant le naufrage le plus meurtrier du XIXe siècle, s'enfonçant dans l'Atlantique après s'être fait ligoter pour être sûr de quitter son navire le dernier parce qu'il avait envie de vivre, donc de vivre en trahissant son devoir, envie que ma grand-mère n'aurait pu tenir pour "convenable", "comme il faut", alors que !

Ce fils d'un commandant de paquebot est d'une famille d'hommes politiques de gauche. Il est le neveu de :

¤ François Deloncle (1856 - 1922), orientaliste, diplomate, député de gauche des Basses-Alpes et de la Cochinchine, sous-secrétaire d’État dans le gouvernement Léon Gambetta ;

¤ Joseph (1860 - 1892), gouverneur intérimaire du territoire d'Obock ;

¤ Charles Deloncle (1866 - 1938), député puis sénateur de l'Union démocratique et radicale de la Seine, ingénieur agronome ;

¤ et du journaliste Henri Deloncle.


Comme Deloncle est le neveu, par sa mère, du célèbre général Grossetti (1861 - 1918) ça lui ouvre bien des portes[3].

Avant la guerre Modifier

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1890 - 1935 Modifier

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Deloncle est officier d'état-major de son oncle le général Grossetti.

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Eugène Deloncle.

Ce brillant diplômé de l'École Polytechnique (Promotion X 1910, second) devient ingénieur stagiaire à l'Ecole du génie maritime[4].

Dès le début de la guerre il s'engage pour aller combattre au front. Il est sous-lieutenant d'artillerie[5], sur le front de Champagne, deux fois blessé, deux fois cité. Hospitalisé en 1915, on lui demande de reprendre ses études. Il sort major de sa promotion[6].

En 1916, malgré l'interdit du Ministère de la Marine, il devient officier d'état-major de son oncle maternel, général Grossetti (1861 - 1918)[7].

Deloncle est diplômé de la légion d'honneur, par arrêté du 7 novembre 1920[8].

Il travaille comme ingénieur de 1re classe de la Marine française, mais démissionne en 1922. Il collectionne les titres d'administrateur dans les sociétés. Il est expert près la Cour de Paris pour les problèmes de navigation[9].

Eugène Deloncle (1890 - 1944) est militant d'Action Française à la 17e section des Camelots du Roi.

Ce Condottiere des temps modernes, féru d'histoire des sociétés secrètes et d'ésotérisme, est aussi un maître conspirateur acharné[10]. Il a un regard qui hypnotise ceux qu'ils rencontrent, déclare le commandant Loustaunau-Lacau. Il relève le menton et prend des poses à la Mussolini[11].

En janvier 1935, Eugène Deloncle démissionne, comme beaucoup de ses membres très actifs, de l'Action Française.

1935 - 1939 Modifier

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Eugène Deloncle.

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Insigne du C.S.A.R..

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Policiers enquêtant sur le C.S.A.R..

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Arrestation de Deloncle.

Deloncle quitte le mouvement en 1935, pour fonder son propre organisation, le Comité Secret d'action révolutionnaire (C.S.A.R.), plus connu sous le nom de ''La Cagoule''. ''La Cagoule'' est Orléaniste et fortement antirépublicaine dans la ligne de l'Action française, mais ajoute à cela la rhétorique du fascisme.

Dans un esprit de dissidence vis-à-vis de l'Action Française, Eugène Deloncle fonde en juillet 1936 e Comité Secret d'action révolutionnaire nationale (C.S.A.R.N.). L'adjectif nationale est supprimé plus tard et, mal lu, le O est parait-il pris pour un C pas la police. C'est sous le nom de Comité secret d'action révolutionnaire (C.S.A.R.) et avec le surnom de ''La Cagoule'' que cette organisation est connue de la presse mondiale. Ce surnom est attribué avec mépris par Maurice Pujo de l'Action française.

Eugène Deloncle regroupe ses amis autour de lui, les anciens de la 17e section des Camelots du Roi : Aristide Corre (1895-1942), Jean Filliol, Jacques Corrèze, Gabriel Jeantet, Méténier et l'incontournable Dr Martin ! [12]. Pierre de Bénouville, déjà ami de François Mitterrand, est selon son biographe, Guy Perrier, l'idéologue de la Cagoule.

Ses principaux faits d'armes sont :

¤ 23 Janvier 1937, assassinat d'un représentant soviétique Dmitry Navashin ;

¤ l'assassinat des frères Sabatino et Carlo Rosselli, deux militants italiens antifascistes réfugiés en France. Meurtres commis à la demande du gouvernement fasciste italien, en échange de la fourniture d'armes de guerre et d'un soutien financier ;

¤ l'attentat contre la Confédération générale du patronat français et du groupe des industries métallurgiques le 11 septembre 1937, cette action visant à faire croire à l'opinion publique à un complot communiste menaçant la démocratie.

Selon Pierre Péan, à la fin du mois de novembre 1936, Deloncle rencontre le général Henri Giraud, qui lui promet son aide en cas de soulèvement communiste, Deloncle lui assurant que les cagoulards se rangeront sous ses ordres en échange. Très satisfait, Giraud est évidemment d'accord pour travailler avec les gens de l'OSARN et souhaite la meilleure réussite à l'entreprise de Deloncle et Duseigneur...[13].

Le projet de coup d'état militaire de Deloncle, prévu le 16 novembre 1937, est découvert par le Ministre de l'Intérieur socialiste Marx Dormoy. En juillet 1938, l'état-major civil de ''La Cagoule'' et plusieurs militaires, soit un total de 120 personnes, sont arrêtés par la police.


Deloncle se marie en 1939 avec Mercedès Cahier, fille d'un médecin inspecteur, directeur du service de santé de CA, Commandeur de la Légion d'Honneur et de Marie Louise Godey de Mondésert. Toujours en 1939, sa nièce Edith Cahier, fille de Paul Cahier, épouse Robert Mitterrand, frère de François Mitterrand.

Pendant la guerre Modifier

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Le Mouvement Social Révolutionnaire (1940 - 1942) Modifier

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Réunion publique du M.S.R., sous la présidence d'Eugène Deloncle.

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La Gestapo pense que cet attentat contre Laval, en août 1941, est du à Deloncle.

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Eugène Deloncle et d'autres ultras à Paris.

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La plupart des cagoulards sont résistants. Plaque à la mémoire du réseau Saint-Jacques et Maurice Duclos.

Dès le 20 mars 1939, Deloncle créé le Mouvement du Faisceau d'action nationale populaire et le 13 avril le Mouvement d'Action nationale populaire.

Puis, le 1er septembre 1940 Eugène Deloncle crée le Mouvement Social Révolutionnaire (regroupant nombre d’anciens cagoulards), soutenant la France de Vichy et Philippe Pétain. Deloncle a en réalité un projet global de contrôle de l'appareil d'État maréchaliste et entend bien mener une action en zone occupée avec ceux qui partagent ses idées : l'ancien socialiste Déat et même l'ancien communiste Doriot. Il crée ou fait créer le Centre d'Informations et Etudes, en zone occupée, la Légion des combattants et l'Amicale de France, en zone occupée[14].

Gravitent aussi autour du M.S.R., Georges Soulès (Raymond Abellio), Jacques Corrèze, Eugène Schueller (futur patron de L’Oréal) et Henry Charbonneau, haute figure nationaliste d’avant-guerre.

Le M.S.R. est plus radical que ''La Cagoule'' et fortement soutenu par Pétain et une partie de son gouvernement. Dans le nord, ils effectuent des tâches opérationnelles des services de renseignement allemands pour lutter contre la résistance. Dans le sud ils coopèrent avec la police régime de Vichy. Max Dormoy, dans la nuit du 26 juillet 1941, qui les a arrêté en 1938, est assassiné.

Helmut Knochen, SS-Standartenführer, chef de la Police de sûreté (Sipob) et du Service de sûreté (SD), pour la France et la Belgique, de 1942 à 1944, a des doutes sur l'engagement collaborationniste de Deloncle, compte tenu de son passé nationaliste[15].

A la même époque un grand nombre de cagoulards actifs rejoint la Résistance. Certains deviennent des bras droits de de Gaulle et contribuent à la bataille pour la libération de la France. Ils sont efficaces car les nationalistes sont des dissidents et ont l'habitude de la clandestinité. En août 1941, Paul Collette tire sur Pierre Laval, Jacques Doriot, Marcel Déat et Fernand de Brinon. Les Vichystes disent que ce jeune est communiste. La Gestapo pense que cet attentat contre Laval, en août 1941, est du à Deloncle.

Dans la nuit du 2 au 3 octobre 1941, un attentat est organisé par le Mouvement social révolutionnaire contre la Synagogue des Tournelles[16]. Deloncle est antisémite, mais selon le SS-Standartenführer, Helmut Knochen, cet attentat a été traité directement entre un exalté du nom de Thomas et Heydrich[17].

Ensuite, il se rapproche du Rassemblement national populaire (R.N.P.) de Marcel Déat, mais entre en conflit avec celui-ci en mai 1942. Il y a une version non confirmée qui suggère que l'une des tentatives d'assassinat sur Déat a été orchestré par Deloncle. Déat résout alors de bouter Deloncle, hors du R.N.P. Dans les premiers jours de novembre il réunit ses fidèles et leur dénonce le M.S.R. accusé d'organiser des attentats politiques et de soutenir les trusts[18].

Les intrigues entre les deux hommes ont raison de cette alliance et Deloncle est exclu en mai 1942. Il est en réalité évincé par une révolution de palais menée par Jean Filliol[19].


Éliminer Hitler (1943 - 1944) Modifier

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Deloncle est un ami de l'amiral Darlan qui rejoint Alger.

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Plaque commémorant le massacre de l'amiral Canaris et d'autres résistants par les nazis.

Darlan saborde la flotte plutôt que la livrer aux alliés et rejoint le camp allié. Eugène Deloncle, qui l'apprécie, assiste à son remplacement par l'homme qu'il exècre, Laval. Le S.D. (service de sécurité nazi) l'arrête[20]. Mais Deloncle est libéré par ses amis antinazis de l'entourage du Maréchal.

Ne connaissant pas la peur Eugène Deloncle pense qu'il doit assassiner Hitler pour sauver la France. Il entre en contacts avec des officiers antinazis de l'Abwehr. Canaris lui fournie un passeport pour se rendre en Espagne. Il doit rencontrer des représentants des alliés occidentaux et leur proposer une paix de compromis. Dans la réalité il rencontre le frère du général Giraud et un ministre pro-anglais de Franco[21].

Les déplacements de Deloncle, notamment à Alger, ne passent pas inaperçus. La Gestapo le suit à la trace. Si l'on saisit son passeport fabriqué par les services clandestins de Canaris, c'est du même coup dévoiler son double-jeu[22].

La participation de Deloncle aux complots de Canaris et l'Abwehr, pour assassiner Hitler fait de lui un ennemi de la Gestapo. Il le surveille depuis l'attentat contre Laval en 1940. Il devientt un dangereux adversaire pour les services spéciaux nazis et la police politique du NSDAP.

Eugène Deloncle devient encore plus gênant pour le IIIe Reich. Les Gestapistes pénètrent dans son appartement parisien par la cuisine. Il tire à la mitraillette sur son fils, qui est atteint à la tête. Deloncle, malgré son pistolet, est abattu de dix balles. Il s'écroule au pied de son épouse. Le patron du C.S.A.R. est mort les armes à la main, sous les coups des ennemis de la France[23]. Il est assassiné et son fils blessé.

Après sa mort Modifier

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Deloncle est une sorte de père adoptif de Jacques Corrèze qui se remarie avec sa femme après sa sortie de prison, en 1949.

Tous ses proches, dont sa femme et Jacques Corrèze, sont arrêtés et transférés par la Gestapo à la prison de Fresnes. Ils ne sont libérés que début 1944. Son fils Louis, blessé, survit.

L’assassinat de Deloncle par la Gestapo fait que beaucoup d'anciens Cagoulards deviennent résistants. Des officiers allemands devenus antinazis préviennent les plus naïfs des anciens cagoulards que la Gestapo les surveille. ''La Cagoule'' a beaucoup de ses membres tués par les nazis ou reviennent de déportation pour être emprisonnés.

Louis Deloncle, après-guerre, dirige la branche espagnole de L'Oréal. Eugène Schueller, alors patron du groupe L'Oréal, est un ancien soutien inconditionnel d'Eugène Deloncle. Pas inquiété à la Libération, car ayant donné des gages à la résistance, il permet de mettre Louis Deloncle d'être à l'abri des poursuites de ses adversaires politiques.

Eugène Deloncle (1890 - 1944) est le père adoptif de Jacques Corrèze qui se remarie avec sa femme après son assassinat par la Gestapo.

Sa sœur, Louise, épouse l'avocat Laurent-Cely et est la mère de Jacques Laurent-Cély, dit Jacques Laurent (1919 - 2000), académicien. Son autre sœur est mariée un temps au joueur de bridge Pierre Albarran.

RÉFÉRENCES Modifier

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  1. L'Histoire de la Cagoule.
  2. Charles Deloncle (1866 - 1938)
  3. La Grande Histoire des Français sous l'Occupation : Les beaux jours des collabos. Tome 3, AMOUROUX Henri, Robert Laffont, 1985.
  4. Les Cagoulards dans la guerre, Essais - Documents, Philippe Bourdrel, Albin Michel, 2009.
  5. Les Cagoulards dans la guerre, Essais - Documents, Philippe Bourdrel, Albin Michel, 2009.
  6. Les Cagoulards dans la guerre, Essais - Documents, Philippe Bourdrel, Albin Michel, 2009.
  7. Les Cagoulards dans la guerre, Essais - Documents, Philippe Bourdrel, Albin Michel, 2009.
  8. Dossiers oubliés de la Seconde Guerre mondiale, Robert ARNAUT, Philippe VALODE, FIRST EDITIONS, 2012.
  9. Les Cagoulards dans la guerre, Essais - Documents, Philippe Bourdrel, Albin Michel, 2009.
  10. L'Histoire de la Cagoule.
  11. Les Cagoulards dans la guerre, Essais - Documents, Philippe Bourdrel, Albin Michel, 2009.
  12. Le général Pierre de Bénouville, Le dernier des paladins, Guy Perrier, Editions du Rocher 2005.
  13. Pierre Péan, Le Mystérieux docteur Martin (1895-1969), Paris, Fayard, 1993, p. 140.
  14. Vies et morts de Jean Moulin, Pierre Péan, Fayard, 1998.
  15. Gestapo et polices allemandes - France, Europe de l'ouest 1939-1945, Patrice Arnaud, Fabien Theofilakis, CNRS.
  16. Cécile Desprairies, Paris dans la Collaboration, Paris, Le Seuil, 2009, préface de Serge Klarsfeld.
  17. Gestapo et polices allemandes - France, Europe de l'ouest 1939-1945, Patrice Arnaud, Fabien Theofilakis, CNRS.
  18. Histoire de la guerre, 1939-1945, Jean Galtier-Boissière, Éditions de la Jeune Parque, 1965.
  19. Gestapo et polices allemandes - France, Europe de l'ouest 1939-1945, Patrice Arnaud, Fabien Theofilakis, CNRS.
  20. Dossiers oubliés de la Seconde Guerre mondiale, Robert ARNAUT, Philippe VALODE, FIRST EDITIONS, 2012.
  21. Fontenoy ne reviendra plus - Prix Renaudot Essai 2011, La Bleue, Gérard Guégan, Stock, 2011.
  22. Dossiers oubliés de la Seconde Guerre mondiale, Robert ARNAUT, Philippe VALODE, FIRST EDITIONS, 2012.
  23. Dossiers oubliés de la Seconde Guerre mondiale, Robert ARNAUT, Philippe VALODE, FIRST EDITIONS, 2012.