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                                   Banu Qasi 


Princes de la Marca Superior d’al-Andalus, entre les VIIIe et Xe siècles.


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Seigneurs muladíes.

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Banu Qasi Abd Al- Rahman III

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Banu Qasi Adir lana' Akwab

La dynastie des Banu Qasi, بنو قاسي, Banu Kasi, Beni Casi (= fils du seigneur Cassius), ou Banu Musa (= fils du seigneur Musa), règne sur un taïfa (= royaume vassal) de la Marca Superior, située au sud de la Navarre, entre les VIIIe et Xe siècles. Cette famille importante est certainement d’origine hispano-romaine. Devenue muladíe (= cliente) des Ommeyades, elle joue un rôle politique et militaire de premier plan dans la al-Tagr al-Ala (= Marche supérieure d’al-Andalus), pendant les premières guerres de la Reconquista et lors des nombreux soulèvements que connaît l’émirat de Cordoue. Leur conversion illustre le philoarabisme des seigneurs wisigoths-hispaniques de la partie est de la Tarraconaise[1].

Cette famille est originaire de Tudela (= sud de la Navarre) et de Tarazona, Ejea de los Caballeros et Najera. Les Qasi Banu, convertis à l'islam, sont à la fin du VIIIe siècle gouverneurs de Pampelune du fait de leurs alliances avec les princes de Navarre chrétiens. Musa ibn Musa, dans la première moitié du IXe siècle, est leur chef de famille. Iñigo Arista (822 - 852), roi de Pampelune, est par sa mère, son demi-frère. Ces alliances matrimoniales princières des Banu Qasi avec des musulmans et des chrétiens sont à l'origine de la naissance de l'émirat autonome des Banu Qasi, allié du Royaume de Pampelune. Les deux pays se protègent mutuellement contre les attaques des plus grands Etats chrétiens et musulmans. Navarrais et Banu Qasi se battent côte à côte au début de 824, contre les Francs lors de la Troisième bataille de Roncevaux[2].

Le roi Alphonse III s'efforce de ramener dans sa mouvance les Banu Qasi. Ces muladis, descendants d'une noblesse gothique convertie à l'Islam veulent rompre avec l'émirat, cherchant l'appui de la couronne asturienne. Il négocie un accord avec cette puissante famille qui gouverne la région du cours supérieur de l'Èbre. Grâce à cet accord, le prince Ordoño est élevé en partie à Saragosse, au début du IXe siècle, par les Banu Qasi. Pendant dix ans il apprend le mode de vie des musulmans. Il vit près de quatre ans parmi les Banu-Qasi.

Les Banu Qasi ne sont pas des musulmans fanatiques. Pendant longtemps, jusqu'à la fin du IXe siècle, des liens de tous types entre les Banu-Qasi et les gouvernants de Pampelune - continuation naturelle de ceux des époques précédentes - montrent le caractère très perméable de la frontière[3]. L'ambivalence culturelle du Banu Qasi est également démontrée par leur utilisation mélangée des prénoms : par exemple, l'arabe (Muhammad, Musa, Abd Allah), le latin (Oria, Lubb) ou le basque (Garsiya)[4].

Musa ibn Musa (788 - 862) est considéré comme un troisième roi d'Espagne[5]. Cependant au Xe siècle, après avoir perdu Saragosse et Tudela, les Banu Qasi disparaissent de l'histoire de l'Aragon. De nombreuses références à la famille Banu Qasi se trouvent dans les œuvres du Xe au XIIIe siècles des historiens musulmans espagnols, corroborées par des passages dans les sources chrétiennes, telles que la Chronique d'Alphonse III, la Chronicon Sébastiani, la Albeldense Chronicon, et le Codex de Roda. La principale source primaire pour la reconstruction de la famille est l'historien, du Xe siècle, al-Udri. La famille est étudiée en détail, en 1980, par Alberto Cañada Justa, qui compare les informations extraites de toutes les sources pertinentes et les lieux habités par les Qasi Banu dans leur contexte historique. Les récents travaux de Jesús Jiménez Lorenzo comprennent un appendice utile de traductions en espagnol des extraits pertinents provenant de sources en langue arabe, dont certains sont difficiles à obtenir ailleurs[6].

L'influence de cette famille dans de nombreuses parties de l'Espagne est considérable et, dans certains provinces, comme la Navarre ou l'Aragon, elle joue un rôle important dans l'élaboration de son histoire.

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Les Banu Qasi et la frontière nord d'al-Andalus vers l'an 900.

LES ORIGINES ET LES DÉBUTS DE LA DYNASTIE DES BANU QASI Modifier

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Bataille de Guadalete (711)

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L'expédition de Charlemagne dans la Marca Superior (778)

I. Fortunius de Borja (ca 685 - 7??) est un comte du royaume wisigoth vivant au VIIe siècle. Les origines de cette dynastie Banu Qasi sont-elles hispano-romaines ? Leur nom en tous les cas est d’origine latine et pas traduit du wisigoth. Certes Alphonse III de Léon les mentionne dans ses chroniques, comme Goths de nationalité, mais de religion musulmane[7]. Mais cela prouve qu'ils sont des non Arabes ou Berbères convertis et pas obligatoirement d'origines wisigothes. Ibn al-Qūṭiyya († 977), historien de Cordoue, écrit que selon une chronique, les Banu Qasi sont seigneurs sur le cours supérieur de la vallée de l'Èbre, à Tudela, Tarazona, Borja, et, éventuellement, Ejea... Le comté est de dimensions relativement importantes, mais situé aux confins de plusieurs provinces du royaume wisigoth : la Tarraconensis (à l’est), la Basconia et la Cantabria (au nord), sans oublier la Celtiberia (au sud). Les récentes études les voient installés aussi dans la région de Ejea de Los Caballeros. Cañada y inclut Olite à 42 km au sud de Pampelune[8].

A l’époque, vers 685, où naît le seul fils connu de Fortunius, Cassius Fortunius, un comte Flavius Ervigius usurpe le trône pendant sept années. Égica, son gendre, roi de l'Espagne wisigothique de 687 à 702, persécute violemment la noblesse et les Juifs. Ces derniers, dès 694, appellent les Musulmans d'Afrique du Nord à envahir ce royaume hispano-wisigothique décadent. La noblesse se rebelle et, leur chef, un certain Sunifred, est probablement couronné roi, à Tolède, par l'archevêque Sisbert de Tolède. L'invasion musulmane ne va pas mettre fin aux affrontements complexes des factions hispaniques[9].


II. Le comte Casius Fortunius de Borja (ca 685 - après 725), est appelé en arabe Kumis Qasi ibn Furtun (= comte Qasi, fils de Furtun). Il succède à son père comme seigneur de Tudela, Tarazona et Borja. A cette époque, il convient de rappeler que la plupart des vieilles familles nobles de la Tarraconensis soutiennent des aristocrates rebelles luttant contre le roi Rodrigo. Ils collaborent dès le début avec les forces d'occupation maures, commandées par Musa ibn Nuayr.

Lors de son avancée militaire sur Saragosse en direction de Astorga (714), cette trahison permet aux envahisseurs de traverser sans rencontrer de résistance le bassin moyen et supérieur de l'Ebre[10]. Des études relativement récentes, menées par Juste Cañada, montrent que Casius commande les troupes wisigothes qui protègent un limes des incursions basques. D’autres historiens le disent aussi gouverneur de la moyenne vallée de l'Èbre. L’historien arabe, du XIe siècle, Ibn Hazm indique que Casius est un comte Kumisal-Tagr (= comte d’une marche). Il le reste jusqu’à ce qu’une expédition des musulmans, allant envahir les Asturies, l’oblige à se soumettre à eux. Agissant comme un opportuniste, non seulement il ne les combat pas, mais il s’allie, comme beaucoup d'autres seigneurs, avec eux.

Casius de Borja se convertit à l’Islam dès 714, à la demande du qadi de Saragosse Hassan ibn Yassar al-Hudhali. Il adopte les modes de vie islamiques. Cette conversion lui permet conserver ses terres et son rang. Il devient même un important seigneur, muladí des Omeyyades (ou Umayyades). Casius joint ses troupes à celles de Musa ibn Nusayr et de Tariq ibn Ziyad. Il se rend, en 715, à Damas faire allégeance au calife Al-Walid Ier (668-715)[11]. Toujours selon Ibn Hazm, Casius, marié vers 710, a cinq fils :

  • La dynastie de Banu Qasi descend de Fortun ibn Qasi (= Fortuné, fils de Casius), son fils aîné.
  • Nous avons aussi le Abitaurus des chroniques latines[12]. Les Annales regni francorum nous disent que son deuxième fils, Abou Taur de Huesca, wali (= gouverneur) de Huesca, se rend, en 777, jusqu’à Paderborn, de nos jours en Westphalie, pour proposer à Charlemagne une alliance destinée à mettre fin au règne de l’émirat de Cordoue sur la vallée de l'Èbre. Le roi reçoit l'année suivante des otages d'Abû Thawr et de Sulayman ben Yaqzan ibn al-Arabi, gouverneur de Barcelone[13]. La Chronique de Moissac nous dit clairement que quand l'armée des Francs arrive à Pampelune, Taurus, saracenorum rex, en fait déjà le siège. Abou Taur reconnaît comme son maître le roi Charles, et lui donne en otage un de ses frères et son fils : ... ibi Taurus, Sarracenorum rex, venit ad eum et tradidit et civitates quas habuit, et dedit et obsides fratrem suum et filium...[14]. En 790, toujours gouverneur de Huesca, Abu Taur va à une réunion à Toulouse, avec des ambassadeurs qui viennent de donner l'Aquitaine au roi Louis le Pieux. Il fait des cadeaux et conclut la paix avec les Francs. Il propose une alliance contre l’émir :
... Abu Taurus sarracenorum dux cum reliquis regno Aquitano conlimitantibus ad eum nuntios misit, pacem petens et regia dona mitens ...[15].

Toute la région se soulève et cette révolte dure encore lors des expéditions des troupes de Cordoue contre Gérone et Narbonne en 793. Les preuves des contacts du wali de Huesca avec les Francs ne sont connus que par les sources franques, tandis que les écrivains espagnols et musulmans parlent d'Abou Tauro seulement comme un éminent gouverneur de l'émir de Cordoue. Le destin de la descendance d'Abou Taur n'est pas connu.


  • Les Banu Salama (= descendants de Salama) sont une famille qui dirige le nord de l’Aragon à la fin du VIIIe siècle. Ils descendent d'Abu Salama ibn Qasi, son troisième fils.
  • Yunus ibn Qasi
  • et Yahya ibn Qasi.


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Les derniers rois wisigoths : Egica, Witiza, Rodrigo.

UNE PRINCIPAUTÉ SEMI-AUTONOME Modifier

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Historia de Tudela - I de III08:36

Historia de Tudela - I de III

Histoire de Tudela.

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Egilona, mère de la femme de Fortun.

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Chevaliers chrétiens et maures combattant côte à côte.

Les descendants du comte Casius sont mieux connus que lui grâce aux longs développements que leur accordent Ibn Hazm et un autre historien hispano-musulman Ahmad ibn Umar al-Udri dans leurs écrits. Du temps des premiers Banu Qasi, la région du cours supérieur de l'Èbre forme une principauté semi-autonome. Ils doivent lutter contre les Basques, les Francs et surtout l'expansion progressive du royaume asturien. De son côté, le califat de Cordoue ne renonce pas à imposer vraiment son autorité aux petits royaumes du nord de la péninsule, mêmes musulmans. les Banu Qasi sont des clients du califat et bénéficient de l’appui des populations et d'autres dynasties de muladíes de la vallée de l'Èbre. Toutefois leurs liens avec le califat ne vont pas les empêcher de conclure parfois des alliances avec les rois chrétiens et de faire de nombreux mariages avec des filles ou fils de nobles basques. Dans un premier temps, au cours du VIIIe siècle, les Banu Qasi accroissent leur pouvoir, grâce à l’aide des émirs de Cordoue, alors en prise à des luttes internes entre Arabes et Berbères et ayant besoin d’alliés.


III. Fortun ibn Qasi (avant 713 - 7??), Furtūn ibn Qāsī ibn Furtūn, fils aîné de Casius Fortunius, vient au monde avant la conversion de son père, et donc au contraire de ses frères qui naissent après 714 et qui portent des prénoms musulmans, il se prénomme Fortun, comme son grand-père[16]. Il règne sur la majeure partie des terres entre Saragosse, Tudela, Tarazona, Najera, sans oublier les vallées des rivières Arba et Aragon. Fortun dépend néanmoins des califes. Sa principauté n’est pas indépendante. Vers 715 son père va à Damas avec le puissant Musa Ibn Noçaïr, gouverneur et général musulman. Mais, le calife Sulaiman condamne à mort ce Musa pour malversations. La peine est commuée en paiement d’une rançon énorme. L’ancien gouverneur ne peut pas la payer. Il meurt assassiné dans une mosquée de Damas. Avant sa mort il dit à Fortun ibn Qasi vouloir le mariage de sa petite-fille Aisha bint Abd-al-Aziz (716-7??) avec le fils de son ami. Aisha est la fille du gouverneur, Abd al-Aziz ibn Musa bin Nusair et d’Egilona, dernière reine de l'Espagne wisigothe, veuve du roi Rodéric.

Musa Ibn Noçaïr est marié à une Ommeyade, descendante comme le prophète de Ibn Abd Manaf Qasi. Cette alliance fait de Fortun ibn Qasi le cousin des émirs Ommeyades de Cordoue. Il semble qu'àla mort de son père le comte Casius, Fortun hérite des possessions des terres entre Saragosse, Najera, Tudela et Tarazona et est nommé Wali de Saragosse, au nom du calife omeyyade de Damas. Aïcha bint Abd-al-Aziz et Fortun ibn Qasi, mariés avant 745, sont les parents de :

  • Musa ibn Fortún, qui suit,
  • La parenté des Banu Qasi avec la famille navarraise est renforcée par le mariage de quelques filles de Zahir ibn Fortun, son frère, et dons ses nièces, avec des princes de cette Maison[17]. Maymona, fille de Zahir Ibn Fortun, est la mère du fils de Musa ibn Musa, Ismaïl ibn Musa[18].


IV. Musa ibn Fortun de Tudela (ca 745 - 788) est gouverneur d’Arnedo, de Tarazona et de Saragosse. Il est le petit-fils du comte Casius et le fils de Fortun. Le premier émir indépendant de Cordoue, Abd al-Rahman Ier, un Banu Umayya, l’aide probablement à soumettre Saragosse en 772. Après plusieurs victoires, il obtient plus d’indépendance pour sa principauté. En 788, l'émir de Cordoue Abd al-Rahman Ier meurt, ce qui entraîne une lutte entre ses trois enfants : Sulaiman, Hicham et Abd-Allah pour sa succession. Musa ibn Fortun aide Hicham Ier. Bien entendu quand celui-ci est proclamé émir, Musa gagne en influence et pouvoir. Il aide l’émir Hicham pendant la révolte anti-Umayyades qui se propage de Saragosse à Tortosa. D'un premier mariage en 770, il a :


  • Fortun ibn Musa, est à l'origine et le chef de la révolte contre le général Amrus ibn Yusuf en 802, pendant laquelle il est tué.
  • et Mutarrif ibn Musa, wali musulman de Pampelune, tué en 799, Ibn Hazm cite Musa ibn Musa, Mutarrif, Yunus, Yuwartas, Lubb y Garsiya, comme les fils de Musa ibn Fortun. Ibn Hayyan écrit que les habitants de Pampelune accusent Mutarrif ibn Musa de trahison et le tue en 799[19].

En 781 une alliance se crée entre Iñigo Jimenez, le père du premier roi de Pampelune, et les Banu Qasi. L’alliance avec les Basques est facilitée par des liens familiaux qui se créent. Musa ibn Fortun se marie, vers 781, avec Iñiga de Gascogne (ca 765-8??), fille du duc Loup II de Gascogne[20]. Selon La Noblesse du Midi carolingien de Christian Settipani, veuve elle se remarie au comte Íñigo Jiménez (750 - 781). Ils sont les parents de Eneko Arista (790-851), premier roi de Pampelune, grâce à son beau-père Musa ibn Fortún[21]. Ibn al-Athir nous dit que Musa ibn Fortun est assassiné par Chahdar, un disciple de Saïd ibn al-Husayn en 789. Musa ibn Fortun et Oneca ont cinq fils :

  • Garsia ibn Musa
  • Lubb ibn Musa (= loup), comte de Borja (Aragon). Pendant quelques années, les Banu Qasi sont fidèles à Cordoue, mais, en 882, Muhammad envoie une armée commandée par Abd Hashim ibn al-Aziz contre eux. Muhammad ibn Lubb, neveu de Musa ibn Musa, marche contre Hashim[22].
  • Musa ibn Musa, qui suit.


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Grande Mosquée des Omeyyades de Damas, édifiée par Al-Walid Ier (668-715).

MUSA IBN MUSA Modifier

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V. Musa ibn Musa (789 - 862) ou Musa II, le Moro Muza des chansons enfantines espagnoles, né posthume, est le plus important des personnages du clan Banu Qasi. Il est le fils de Musa ibn Fortun et d’Iñiga de Gacogne.

Sa jeunesse Modifier

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Statue de Musa ibn Musa à Tudela.

Sa mère est reste à Saragosse jusqu'à la prise de la ville par Matruth ibn Suleyman en 790. Elle va à Pampelune et se remarie avec un prince navarrais. Elle est la mère du premier roi de Navarre, Iñigo Arista.

En 799 des Vascons pro-carolingiens assassinent son jeune demi-frère aîné, le gouverneur de Pampelune, Mutarrif ibn Musa (770-799). Les Cordouans envoient, en 802, le général Amrus ibn Yusuf faire la guerre à sa famille et à tous les insoumis de la Marche supérieure d’al-Andalus. Il prend Saragosse, et Huesca, et expulse Bahlul Ibn Marzouq. Il fortifie Tudela et y installe son fils, Yusuf ibn Amrus. Saragosse se rebelle à nouveau en décembre 802, cette fois du fait de Fortun ibn Musa, son autre demi-frère. Amrus ibn Yusuf est capturé en 803 par une coalition de Basques et troupes des Banu Qasi. Amrus est néanmoins, en 804, nommé gouverneur de Saragosse. En 806, les Navarrais se mettent sous la protection des Carolingiens afin d'échapper aux armées de l'émirat de Cordoue venues réduire les Banu Qasi et leurs alliés Vascons. Il se crée ainsi, pour un temps, une marche franque en Espagne. En 807, Amrus ibn Yusuf étouffe une rébellion à Tudela.

Les faits et gestes des premières années de la vie de Musa ne nous sont pas connus. Il est souvent confondu avec l'émir Marsile, qui est cité dans La Chanson de Roland. Musa ibn Musa et ses troupes aident les Basques contre les Francs lors de la troisième bataille de Roncevaux, bataille qui donne naissance au royaume de Pampelune. Cette bataille a lieu en 824. Les comtes Francs chrétiens sont à nouveau battus. Ebles est envoyé comme cadeau à l’émir Abd ar-Rahman II. Le rôle de Musa ibn Musa dans cet affrontement et la création de ce royaume chrétien est décisif.

En 839, son fils Fortun ibn Musa, bien qu’encore très jeune, mène une campagne qui a comme conséquence une déroute du roi des Galiciens Loderik. Il rase les défenses d'Alava.

Rébellions et alliances Modifier

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Le château comtal de Musa ibn Musa à Arnedo, en 1898.

En 840, Musa ibn Musa vit dans son château d'Arnedo, dans La Rioja. En réponse aux attaques du royaume de son demi-frère, Íñigo Arista, et à l'expulsion de son parent Abd al-Yabbar ibn Qasi par les gouverneurs cordouans de Zaragoza et Tudela, Al-Udri note que Musa ibn Musa se rebelle contre Abd el-Rahman II, qui a nommé Abd Allah ibn Kulaybe comme wali de Saragosse et Amir ibn Kulayb wali de Tudela en 840/841[23]. Le gouverneur de Tudela détruit et pille les biens des Banu Qasi. Musa ibn Musa refuse de continuer à dépendre de la souveraineté de l'émir. Mais il es dédommagé pour les dommages causés et l'émir le nomme gouverneur de Tudela[24].

En 841, l'émir envoie une expédition contre la Sardaigne. Il semble que Muza, gouverneur de Tudela, commande les troupes de l'avant-garde. Pourtant suite à des désaccords, Musa ibn Musa refuse en 841 de participer à l’expédition contre le royaume de Pampelune, dirigée par al-Mutarrif, fils de l'émir Abd ar-Rahman II (822 -852). Il se repose de toutes ses guerres dans son château d'Arnedo, mais finalement envoie son fils Fortun la tête d'une unité de cavalerie. Mutarrif irrité trouve le comportement de Musa déloyal et refuse cette aide.

En 842, la campagne contre les Navarrais terminée un général cordouan attaque la principauté de Musa. Musa est battu à Borja et Tudela. A la fin de l'année néanmoins, avec son neveu, García Íñiguez de Pampelune, ils battent l’armée de l’émir. Le général ennemi est blessé et fait prisonnier.

La conséquence est une réponse militaire massive de Cordoue, menée par l'émir Abd ar-Rahman II, en 843,qui se traduit par une défaite des deux alliés. Le roi de Navarre, Iñigo Arista, demi-frère de Musa ibn Musa est tué lors de cette bataille et son neveu blessé. Une partie de la population navarraise à proximité de Pampelune est emmenée en esclavage dans les pays musulmans.

Une deuxième expédition de représailles en 844 leur inflige une sévère défaite. Musa et Íñigo peuvent s’échapper, mais des centaines de nobles du royaume de Pampelune sont tués. Peu de temps après Musa proclame l’indépendance de son royaume. Toutefois quand Muhammad Ier, fils de l'émir Abd ar-Rahman II (822 - 852), prend Tudela, il doit donner son fils Lubb ibn Musa et son neveu Galindo Íñiguez comme otages... et obéir.

Les incursions vikings (844) Modifier

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Attaque viking.

Le 20 Août de 844, l'arrivée des Vikings à Lisbonne battu sur les côtes asturiennes fait que Abd ar-Rahman II (822 - 852) demande l'aide de Musa ibn Musa. Les Normands remontent le Guadalquivir, saccage Séville. Musa ibn Musa va à Séville avec une nombreuse armée, mais craignant quelque trahison de la part des troupes de l'émir, il laisse une partie de ses troupes à Cordoba. De là, il décide de tendre une embuscade à l'ennemi près de Séville.

La victoire de la Qasi Banu est obtenue le 11 novembre par les troupes de l'émir dans Tablada. Les Normands fuient Séville et doivent échanger des captifs détenus, des vêtements et le fruit de leurs razzia fournitures, en échange de leur liberté. Ils quitté les côtes hispaniques.

Musa ibn Musa est couvert d'honneurs par l'émir et ses vizirs. Il est accueilli triomphalement dans ses anciennes possessions de la vallée de l'Ebre, qui lui sont restituées.

Cette soumission ne dure pas longtemps. L’émir Abd ar-Rahman II (822 - 852) est forcé de lancer des campagnes punitives contre Musa en 847. Musa et Íñigo Arista sont encore alliés lors de ce soulèvement. Ils perdent la guerre et Musa doit donner comme otage un autre de ses fils, Ismail.

Musa Tudela libéré attaque avec le prince Muhammad les terres du royaume de Pampelune. Puis l'armée musulmane fait des razzias dans le Leon, récemment repeuplé par le roi Ramiro I. Musa commande aussi les armées de l’émir qui ravagent la Septimanie en 850.

En juin-juillet 850, Musa ibn Musa, ayant rejeté de nouveau la suzeraineté de Cordoue, met à mal le territoire de Tudela et fait dévaster les environs de Tarazona et de Borja par ses propres troupes et les contingents fournis par ses alliés navarrais[25].

Wali de la Marca Superior (852) Modifier

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Le roi Ordoño Ier d'Oviedo.

En 851, les Francs envahissent le royaume de Pampelune. Ils sont repoussés par Musa ibn Musa et ses troupes, du fait de la première bataille de Albelda, à l'été 851. L'année islamique 237 (fin 851/début 852) joue un grand rôle dans la vie de Musa ibn Musa. Iñigo Arista qui est à la fois son demi-frère, son beau-père et son allié, meurt. Son émir, Abd ar-Rahman II (822-852) décède lui aussi. Al-Udri note que Muhammad Ier nomme Musa ibn Musa wali de Tudela, en 852, et, le 14 octobre 852, wali de Zaragoza, puis de la Marca Superior. 'année suivante, du fait de cette victoire à Albelda, les pouvoirs de Musa sur sa principauté et ses liens avec l'émirat sont plus clairement définis.

Dans la décennie qui suit, ses pouvoirs sont encore plus étendus. Il dirige les régions de Zaragoza, Tudela, Huesca. Il gouverne un immense taïfa (royaume vassal), s'étendant de Najera à Zaragoza et Calatayud. La taille de cette principauté est telle qu’elle est l’équivalent de l'émirat de Cordoue ou du royaume des Asturies, Musa est souvent désigné comme le troisième roi d'Espagne, tertium regem in Spania. Il vit comme un souverain et échange des cadeaux avec Charles le Chauve (823 - 877) ou d’autres rois.

En 854, les mozarabes (= chrétiens des régions musulmanes) de la région de Tolède, dirigés par Eugenio, contestent le gouverneur musulman et conquièrent la forteresse de Calatrava. Ils demandant son appui militaire à Ordoño Ier d'Oviedo, roi des Asturies et à García Íñiguez. Les chrétiens envoient le comte Gatón du Bierzo, qui met en échec les partisans de l’émir à Andújar en 853. Les troupes asturiennes sont en revanche battues lors de la bataille de Guadalacete, au sud-ouest de Tolède. Musa II combat aux côtés des troupes de l’émir de Cordoue.

Le Banu Qasi essaie ensuite de s’emparer de la totalité de la vallée de l'Èbre et de La Rioja. En 855, il attaque Alava et restaure les fortifications d'Albelda. À la vue de la menace que fait peser cette forteresse sur les territoires orientaux de son royaume, Ordoño Ier d'Oviedo lance une offensive contre Albelda. En 857, Ordoño Ier d'Oviedo doit repousser les troupes envoyées par le gouverneur de Tolède.

La fin de sa vie Modifier

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La bataille de Clavijo, par Martin Schongauer.

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Izraq Ibn Muntil

En 859, Musa permet à une armée viking de passer par ses terres pour attaquer Pampelune. Ils capturent son neveu, gendre et allié García Íñiguez de Pampelune. Les Vikings demandent une rançon de 80.000 dinars d'or. Après le paiement de cette très importante rançon le roi retourne à Pampelune. Bien entendu la vieille alliance entre les Vascons et les Banu Qasi est désormais rompue. García devient l’allié du royaume des Asturies et attaque les terres de Musa.

Ordoño Ier d'Oviedo s'avance avec une nombreuse armée sur Logroño et se prépare à assiéger Albelda. Musa II accourt à la tête d'une armée considérable pour délivrer la forteresse. Ordoño Ier d'Oviedo ne lève point le siège. Il divise son armée en une partie pour maintenir le blocus de la ville et une autre à la tête de laquelle il marche au-devant de Musa ibn Musa. Les troupes d'Ordoño Ier, bien qu'inférieures en nombre, emportent la victoire. Dix mille musulmans et une foule de chrétiens, entre autres Garcia, le gendre de Musa, restent sur le champ de bataille. Musa ibn Musa lui-même est grièvement blessé, et ne parvient à se sauver qu'avec l'aide d'un ami dans l'armée asturienne qui lui fournit une monture. Cette défaite des musulmans est connue chez les chrétiens sous le nom de bataille de Clavijo.

La victoire chrétienne d’Albelda provoque la fin de l'autonomie de Musa. Dès 860, l'émir retire à Musa II ses fonctions de wâli (gouverneur).

Muhammad Ier commande lui-même une armée qui occupe les terres de Musa et mène une campagne punitive qui dure plusieurs mois contre le royaume de Pampelune. L’émir capture le prince Fortun de Navarre, dit le moine, neveu de Musa. En 861, Muhammad Ier demande à Musa II de jouer un rôle mineur dans une campagne contre Barcelone.

L'année suivante, Musa ibn Musa essaie de récupérer un peu de sa puissance passée par une expédition militaire contre son gendre, le Berbère Izraq ibn Muntil, Wali de Guadalajara. Il attaque Guadalajara, mais y reçoit plusieurs blessures et ne peut plus monter à cheval. Musa ibn Musa se retire à Tudela, où il meurt le 26 septembre 862 de ses blessures.

La mort de Musa II coïncide avec la lente disparition de la scène politique des membres de cette famille. Ils se retrouvent seigneurs d’une petite principauté coincée entre les puissances montantes du califat au sud et du royaume chrétien au nord. Les Banu Toujibi vont progressivement les remplacer.

Ses mariages Modifier

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Le roi de Navarre, Iñigo Arista, demi-frère de Musa ibn Musa.

Musa ibn Musa (Moïse fils de Moïse) se marie vers 812 avec sa nièce, Assona Íñiguez, fille de son demi-frère Iñigo Arista, futur roi de Pampelune et de son épouse Oneca, fille d'un seigneur de Pampelune. Le Codex de Roda cite Garsea Enneconis et Domna Assona... les enfants de Enneco cognomento Aresta, indiquant que Assona mariée à Domno Muza Qui tenuit Borza et Terrero[26]. Plus tard, devenu veuf il va prendre comme seconde épouse, sa cousine Maymona, fille de Zahir Ibn Fortun, qui est la mère de son fils Ismaïl[27]. Le Codice de Roda nous dit que Musa ibn Musa et Assona Íñiguez ont plusieurs enfants :

  • Lubb ibn Musa (820-875), qui suit.
  • Mutarrif ibn Musa, gouverneur de Huesca, qui meurt crucifié avec ses trois fils à Cordoue. Il prend Tudela en décembre 871, mais est capturé par l'émir Muhammad qui le fait exécuter à la prison de Al-Duwayra à Córdoba[28].
  • Fortun ibn Musa, wâli de Tudela, général victorieux. Ibn Hayyan´s Muqtabis II écrit que el bárbaro Ludriq attaque Madinat Salim en 838 et que Musa ibn Musa envoie su hijo Fortun, qui le bat et le tue. Il détruit une a forteresse bâtie à Alava en 839. Al-Udri nous dit que Fortun ibn Musa se rebelle mais est capturé par el imam Muhammad, qui l'emprisonne avec son frère Mutarrif ibn Musa à la prison al-Duwayra à Córdoba. Al-Udri nous dit qu'il meurt à Tudela le 23 mars 874[29].
  • Oria bint Musa se marie à un prince basque García (-859) et est mère d'un Aurea[30]. García est un fils de García Galíndez le Mauvais, comte d'Aragon, et Oria et lui ont pour fille Oria (Aurea) épouse de Fortún Garcés, troisième roi de Navarre[31]. Ibn Hazm cite Awriya comme la fille de Musa ibn Musa, et ajoute qu'elle se marie avec Garsiya rey de los Vascos et appelle son fils Musa ibn Garsiya[32]. Selon Settipani ils ont une fille mariée au roi des Navarrais Fortun Garci (838-906)[33].

A la fin de sa vie Musa ibn Musa se remarie avec l’une de ses cousines, Maymuna Zahir ibn Fortun ibn Fortun et ils ont un fils :

  • Ismail ibn Musa (8??-889), gouverneur de Zaragoza, prend Saragosse le 16 janvier 872. Al-Udri nous dit qu'il tue son beau-père, Abd Allah ibn Jalaf capturé deans sa villa, Barbastro. La Chronicon Albeldense parle de Zmael Iben Muiza qui défend Cæsaraugustam (= Saragosse) contre l'attaque d'Almundar, fils de l'émit Mahomat Regis filius, en 882. est capturé, puis libéré et transféré au château de Valtierra. Al-Udri nous dit qu'Almundar après avoir récupéré Saragosse, Tudela y Valtierra envoie Ismail ibn Musa au château de Monzón,en 872, capture le gouverneur de cette ville, puis occupe la ville de Monzon, tandis que son frère Mutarrif s'empare de Huesca,. La réaction de Cordoue, en 873, amène Khalaf, seigneur de Barbitaniya, à prendre Monzon et à livrer à l'émir Ismail. Ismail veut épouser la fille de Khalaf et à le tuer et à massacrer ses huit frères, nous dit le chroniqueur al-Udri. Ismail est emprisonné jusqu'à sa mort le 10 octobre 889 et il est enterré dans ce château de Monzon.

LES DESCENDANTS DE MUSA IBN MUSA Modifier

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Alfonso III des Asturies et ses proches.

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Le château médiéval de Saragosse.

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Diego Porcelos, comte de Castille.

VI. Lubb ibn Musa (ca 820 - 875) est fait prisonnier, en 842, par l'armée de l’émir qui occupe Borja. Lubb (= Loup) est envoyé à Cordoue, à la cour de l'émir, où il reste captif jusqu'en 844. Cette année-là les Vikings ravagent les côtes atlantiques de la péninsule ibérique. Abd al-Rahman II ordonne à Lubb de se mettre à la tête d’une armée pour y faire face. Lubb revient peu après à Cordoue victorieux des Normands. L'émir lui accorde alors la liberté et lui offre une esclave appelée Ayab al-Bulatiya. Il retourne sur ses terres et reconstruit le château de Viguera[34].

Le père de Lubb, Musa ibn Musa, se rebelle à nouveau contre l'émir. Une fois l'armée cordouane arrivée sur les terres des Banu Qasi, Lubb trahit son père. Il semble que Lubb serve d'intermédiaire entre son père Musa II et l'émir Muhammad pour essayer de le faire amnistier à nouveau. Du fait de son attitude envers son père Lubb, en 859, est nommé wâli de Tolède. Mais du temps où il occupe le pouvoir sur cette puissante ville se produit la défaite musulmane de Clavijo.

Lubb se met immédiatement au service du roi des Asturies, Ordoño Ier[35]. Alphonse III le Grand, son successeur, maintient cette alliance après la mort de son père en 866. Comme vassal des chrétiens, Lubb participe à plusieurs razzias en territoire musulman. Lors de ces raids il réussit à capturer l'aristocrate Ibn Hamza. Il l'échange contre ses deux frères Mutarrif et Fortun, prisonniers de l'émir Muhammad I depuis 860. Lubb cherche à s'agrandir vers le Sud par une attaque contre Ibn Salim[36].

En 871, Lubb soulève son fief d'Arnedo contre l'émir de Cordoue. Avec ses frères ils réoccupent tous les anciens territoires de leur père Musa ibn Musa. Alphonse III des Asturies prête son appui à toutes ces luttes. Lubb et Ismaïl prennent Saraqusta (= Saragosse). Mutarrif entre à Osca et Fortun conquiert Tudela en 872. Immédiatement après l’émir et les Banu Toujibi organisent une expédition depuis Cordoue pour rétablir la paix.

Tout d’abord ils prennent Tolède et après cela Saraqusta. Le fils de Lubb, Muhammad ibn Lubb, défend la ville. L'émir décide d'aller rétablir l'ordre à Osca. En arrivant devant la cité pyrénéenne, Muhammad Ier trouve le rebelle Mutarrif ibn Musa et l’emprisonne. Après les Cordouans vont jusqu'à Ejea et pillent les environs de Pampelune. Quand il revient à Cordoue, l'émir fait crucifier Mutarrif ibn Musa et ses trois fils Muhammad, Musa et Lubb. Au lieu de faire la paix, les autres enfants de Musa II se disputent. Fortun et Ismaïl attaquent Lubb en son château d’Arnedo. En 874, celui-ci désireux d’éviter que les familles arabes importantes de Saragosse se soulèvent contre lui les invite en son château de Viguera et les fait exécuter dans ce qui va devenir le pré des Arabes. Ce crime creuse encore plus le fossé entre les descendants d’Arabes et les muladíes.

A cette époque l’ensemble de la Marche supérieure passe aux Banu Qasi. Mais plusieurs membres de ce lignage sont massacrés par d’autres clans ou les troupes de l’émir. Lubb connu un destin tragique : après avoir mené un raid à Saragosse, où il capture un bon nombre de musulmans qu'il fait exécuter dans une prairie de Viguera en 873, il meurt. Le 27 avril 875, Lubb ibn Musa va chasser et, en poursuivant un cerf se blesse. Il meurt sur la Tierra de Cameros, mais est enterré à Viguera.

Lubb ibn Musa est marié avec Ayab al-Bulatiya, une esclave que lui a offerte l’émir. Elle est assassinée, le 2 octobre 898, à Arrabal de Zaragoza. Ils sont les parents de :

  • Issa ibn Lubb,
  • Mutarrif ibn Lubb.


VII. Muhammad ibn Lubb (840 - 898) hérite de Viguera à la mort de son père[37]. Pendant la fin de la décennie qui suit les décès de son père et de ses deux oncles, essaie de devenir le chef de la famille. Il brise les bonnes relations établies de longue date avec la cour de Leon et celle de Pampelune au début des années 880[38]. Sans protecteur, il résiste en 879 et 882 aux campagnes des Cordouans, mais doit se rendre. Muhammad ibn Lubb juge opportun de renouveler son allégeance à l'émir[39]. La lutte continue cette fois-ci contre les Navarrais. La première phase des combats oppose Sancho aux forces musulmanes. Les premiers affrontements avec les Musulmans ont lieu sur la frontera de la Marca Superior[40].

Muhammad tente alors de persuader le général commandant les armées musulmanes de s’unir à lui contre les Asturiens d’Alphonse III. Il y réussit. En remontant l'Èbre, les musulmans se dirigent d'abord sur Cellorigo, défendue par Vela Jiménez. La ville résiste à cette attaque lors de la bataille de Cellorigo. Quelques jours après ils avancent sur Pancorvo, défendue par Diego Rodriguez, qui les repousse lui-aussi. En voyant que l'entrée par les Montes Obarenes est impossible, ils se dirigent alors vers une zone récemment occupée par les Castillans. Muhammad estime que les nouvelles forteresses des bords de l'Arlanzón ne sont pas suffisamment organisées. Et effectivement Munio Núñez de Castille chargé de la défense de Castrogeriz doit abandonner la place.

Muhammad ibn Lubb s'allie, par la suite, avec les rois de Pampelune et des Asturies. C'est apparemment lui qui est à l’origine de la rébellion du futur roi Ordoño II de León, prince qu’il a élevé à Saragosse.

Dans le même temps la lutte pour devenir le chef du clan des Banu Qasi s’aggrave. En 882, Muhammad ibn Lubb combat, près de Calahorra, une force de 7.000 hommes commandée par son oncle Ismail ibn Musa. Durant ses luttes fratricides suivantes, quatre fils de Fortun de Navarre sont tués et Ismail ibn Musa doit se retrancher dans son château de Monzon. Muhammad ibn Lubb reconstruit Lérida et repousse une armée envoyée par Wilfred de Barcelone. Il récupère la majorité des terres des Banu Qasi du temps de Musa II.

En 883, l'émir a le tort de lui demander la remise de la ville de Saragosse et celle des membres de sa famille que les Banu Qasi maintiennent prisonniers. Muhammad ibn Lubb refuse avec indignation. Certes, il libère ses parents, mais demande l’aide d’Alphonse III des Asturies. L’émir envoie, en 884, une armée qui prend Saragosse. Le chroniqueur ibn Hayyan affirme que Muhammad a déjà vendu la ville au comte Raymond du Pallars. Après cette défaite, les Banu Qasi se replient sur leurs terres et châteaux autour d'Arnedo, de Borja, de Calahorra et de Viguera. De son côté, Ismail ibn Musa possède une sorte d’enclave à l'est, autour de Monzon et de Lérida. Selon le témoignage d'Ibn Khaldoun, il s’installe à Lérida et fortifie la ville. Le comte de Barcelone attaque Ismail ibn Musa, mais subit de sévères pertes.

En 885 et 886, Muhammad ibn Lubb lance des attaques contre la Castille, et tue peut-être le comte Diego Rodríguez Porcelos, lors de la deuxième attaque sur Alava dans laquelle beaucoup de chrétiens sont tués. L<'émir Muhammad de Cordoue meurt lui aussi.

Muhammad teste les réactions du nouvel émir. Celui-ci essaie encore d'équilibrer la puissance des Banu Qasi dans la région, donnant Saragosse aux Banu Toujibi et Huesca à Muhammad ibn Abd al-Malik al-Tawil, du clan muladí des Banu Shabrit. Ismail ibn Musa meurt en 889. Muhammad ibn Lubb récupère ses terres grâce au nouvel émir qui doit supprimer au moins 30 foyers d’insurrections.

Une période de paix et de collaboration entre Muhammad ibn Lubb et al-Tawil commence. En 891, Muhammad défait une armée chrétienne à Castro Sibiriano. Toutefois, il consacre la plupart de ses efforts pendant les dernières années de sa vie à lutter contre les Banu Toujibi. Il commence le siège de Saragosse, siège qui va durer 17 ans. En 897, les habitants de Tolède s’insurgent et demandent à Muhammad devenir leur chef. Mais celui-ci étant occupé avec Saragosse y envoie son fils Lubb. Il prend possession de Tolède et après la mort de son père s'intitule roi jusqu'à ce que les habitants de la ville le missent à mort en 906[41].

Muhammad ibn Lubb est tué, lors de ce siège de Saragosse, le 8 octobre 898. Sa tête est envoyée par les Banu Toujibi à l’émir de Cordoue, et elle exposée devant le palais pendant huit jours avant d'être enterrée avec les honneurs dus à un ennemi courageux.

Muhammad a six fils qui continuent la politique menée par leur père, bien que les luttes fratricides aient déjà bien affaibli les Banu Qasi :

  • Mohamed ibn Mohamed
  • Musa ibn Mohamed
  • Yusuf ibn Mohamed
  • Abdulah ibn Mohamed
  • Yunus ibn Mohamed
  • Mutarrif ibn Mohamed.


VIII. Lubb ibn Muhammad (865 - 907), fils aîné de Muhammad, est wâli (gouverneur) de Lérida en 890. En 896, il reconstruit les fortifications de Monzon. Al-Tawil de Huesca l’attaque avec une grande armée bien mieux équipée que celle de Lubb. Mais celui-ci les met en déroute et capture le frère de son ennemi. En janvier 897, il va à Tolède pour commander les insurgés. . La ville de Lleida est fortifiées par les Banu Qasi. L'historien Ibn al-Athir dit que les musulmans font un grand carnage parmi des assaillants, conduits par Wilfred de Barcelone. Le successeur de Ismail, Lubb attaque Barcelone quelques années plus tard, et Wifred meurt au combat le 11 Août 897.

Retournant à Tolède en 898, il fonce sur Jaén, avec l'intention de former une coalition avec un autre rebelle, Umar ibn Hafsun. Mais avant qu'Umar ait atteint Jaén, la nouvelle de la mort de son père à Saragosse le contraint à retourner à Tudela. Il reconnaît qu’il est le vassal de l'émir, Abd Allah, et en échange devient le gouverneur de Tudela et de Tarazona. Trois semaines après la mort de son père, Lubb ibn Muhammad capture al-Tawil dans une escarmouche. Pour racheter sa liberté, al-Tawil lui cède des terres entre Huesca et Monzon, et accepte de payer 100.000 dinars or. Ne pouvant en payer que 50.000 immédiatement, il donne son fils Abd al-Malik et sa fille Sayyida, comme otages, pour garantir assurer le paiement de la deuxième moitié. Lubb se radoucit, fait cadeau de la dette restante et retournant les otages excepté Sayyida, qu'il épouse.

Lubb ibn Muhammad continue le siège de Saragosse commencé par son père. Vers l’an 900, le roi Alphonse III des Asturies allié à Fortun de Navarre, dit le Moine, lancent une incursion contre Tarazona, dans le royaume de Lubb, qui la stoppe rapidement. En 903, Tolède se rebelle contre Cordoue et demande à Lubb de venir les commander. Il y envoie son frère Mutarrif. Ce Banu Qasi prend le titre de roi de Tolède, mais est détrôné en 906 par son cousin Muhammad ibn Ismail, qui est assassiné par les Tolédans, peu de temps après.

Alphonse III des Asturies attaque à nouveau les terres de Lubb. Cette menace neutralisée, en 904, Lubb s'empare du Pallars, ravageant les terres, tuant des centaines de chrétiens et en prenant mille comme esclaves. Parmi eux Isarno, le fils du comte Raymond du Pallars, qui va être prisonnier, à Tudela, pendant une décennie avant d'être libéré. En 905, une coalition du roi des Asturies, des comtes d'Aragon et du Pallars, et de Lubb ibn Muhammad met sur le trône Sanche Ier de Navarre à la place de Fortun de Navarre. Deux ans après, Lubb lance une attaque sur Pampelune, mais à Liedena,le 30 septembre 907, les armées des Banu Qasi sont battues. Lubb est tué.

Cette importante bataille est une victoire qui fait de Sanche Ier de Navarre un grand roi. Elle marque aussi la fin de la dynastie des Banu Qasi. Al-Tawil hérite des biens de Lubb ibn Muhammad et est nommé wâli (gouverneur) de Lérida.

En 919, les deux chefs des Banu Qasi, Muhammad ibn Abd Allah et Muhammad ibn Lubb, attaquent al-Tawil. En vain ! Le roi Sanche Ier de Navarre s'allie avec son cousin Bernard de Ribagorza et al-Tawil. Ensemble ils attaquent et brûlent Monzon, qui est donc perdu pour les Banu Qasi. Ceux-ci sont dépouillés peu à peu de tous leurs biens et sont déportés à Cordoue. Puis, en 929, Muhammad ibn Lubb, fils de Lubb, déjà privé de son héritage, est tué dans une embuscade par son beau-frère Raymond de Pallars.

LA FIN DES BANU QASI Modifier

. En 1151, le dernier des Banu Qasi, Abu'l Qasim Ahmad ben al-Husayn al-Qasi, qui règne sur un petit taïfa (+ royaume vassal), est tué par ses propres gardes. Les sources arabes mentionnent quatre cas de membres de la famille Banu Qasi convertis au christianisme au début du IXe siècle :

  • Fortun ibn Lubb,
  • Fortun ibn Abd Allah,
  • et les frères Abd Allah ibn Ismail et Mutarif.

Il n'y a aucune information sur leurs descendants, mais il est probable que tout ou partie de ces personnes sont des ancêtres de la noblesse du royaume de Navarre. À cet égard, les noms Fortuné et Lubb sont particulièrement importants, le premier étant enregistrées fréquemment parmi la noblesse navarraise et celui-ci étant probablement transformé en même commune Lope et son équivalent basque Ochoa [42].

Notes et références Modifier

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