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''La Cagoule''

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Deloncle.

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Beaucoup de cagoulards sont des héros de 14, les autres, des jeunes qui les admirent.

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Le but un Alzamiento Nacional del 18 de Julio".

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Insigne du C.S.A.R..

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Policiers enquêtant sur le C.S.A.R..

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Plaque à la mémoire du réseau Saint-Jacques et Maurice Duclos.

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La Gestapo pense que cet attentat est du à Deloncle.

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Les chefs des principaux partis collaborationnistes en 1941. De gauche à droite : Costantini (Ligue française), Déat (RNP), Deloncle (MSR) et Doriot (PPF).

La Cagoule est le surnom donné par la presse à l'Organisation secrète d'action révolutionnaire nationale (C.S.A.R.N. ou C.S.A.R.), crée en juillet 1936. Le C.S.A.R. devient, à la suite d'une faute figurant dans un rapport d'informateur, le Comité secret d'action révolutionnaire (C.S.A.R.)[1].

Le C.S.A.R.N. est constituée, par Eugène Deloncle, comme une force d'autodéfense visant à répliquer aux risques d'un coup d'état communiste. Les événements allant du 9 février 1934 aux débuts du Front Populaire font craindre aux milieux non marxistes, une révolution comme celle d'en URSS, des spartakistes en Allemagne, de Bela Kun en Hongrie ou les assassinats d'opposants l'Espagne d'avant le soulèvement nationaliste. Le but du C.S.A.R. est aussi de renverser la Gueuse par l'action souterraine et une franc-maçonnerie retournée au bénéfice de la nation[2].

Le C.S.A.R.N. a des ramifications dans l'armée et les services de renseignements. La Cagoule est d'ailleurs organisée comme une véritable armée de 40.000 membres, aura pour but d'anéantir la République. Au niveau international, la Cagoule soutient les franquistes et a le soutien de l'Italie fasciste. Venus principalement des milieux patriotes, nationalistes et royalistes, farouchement germanophobes, l'organisation n'a aucun lien avec les officines de propagande nazie.

Philippe Bourdrel, auteur de Les Cagoulards dans la guerre écrit :

Plus d'un demi-siècle après les événements, alors que les passions partisanes se sont apaisées, il est enfin possible de poser sur la Cagoule un regard d'historien et d'introduire, au-delà des fantasmes, les nuances qu'exige l'analyse de ce complot fascisant qui va hanter trois Républiques[3].

Cette organisation secrète de libération nationale est active en France à la fin des années 1930. Elle est fondée majoritairement par un groupe de l'Action française dissident sous la direction de Eugène Deloncle. Ils estiment que la seule façon de mettre fin à la Troisième République, qu'ils jugent décadente, est l'action directe. Ce qui est condamné par des personnalités comme Charles Maurras et Maurice Pujo.

Elle a réalise un certain nombre d'actons terroristes contre des communistes, des francs-maçons et d'autres personnalités antifascistes. Le directeur de la Banque commerciale pour l'Europe du Nord, Dimitri Navachine, agent soviétique très actif est exécuté par eux. Pendant cette croisade, Carlo et Nello Rosselli, en rien communistes, sont exécutés.

Les cagoulards exportent des armes à travers la frontière et la Méditerranée pour aides Franco au cours del Alzamiento Nacional. Un certain Jean Filliol exécute les deux frères Carlo et Nello Rosselli, à Bagnoles-de-l'Orne, pour le compte de Mussolini. Fortement impliquée ou pas le C.S.A.R. à établit de bonnes relations avec une partie du gouvernement italien.

Après avoir tenté de prendre le contrôle du gouvernement français sur la nuit du 15 novembre 1937, les membres de l'organisation sont jugés. Ils vont l'être à nouveau en 1948.

Philippe Bourdrel, auteur de Les Cagoulards dans la guerre écrit :

Après l'échec de leur conjuration puis la débâcle française face aux troupes nazies, les Cagoulards se sont éparpillés, le plus grand nombre ralliant Vichy et la collaboration mais une minorité se mettant, par patriotisme, au service de Londres et de la France libre[4].

Philippe Bourdrel, auteur de Les Cagoulards dans la guerre ajoute :

Ses ramifications se sont prolongées jusque sous la Ve République [5].

En effet comment ne pas évoquer les liens très proches de certains membres de la famille de François Mitterrand ou de lui-même avec la cagoule, comme d'ailleurs ceux de Nicolas Sarkozy avec certains anciens financiers de cette organisation politique.

Il ne faut toutefois essayer de ne pas devenir manichéen. Simon Epstein, dans Un paradoxe français, Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance écrit sur les cagoulards, monarchistes et nationalistes dans la Résistance :

Leur poids n’excède pas celui des communistes, mais dépasse largement celui des anciens de la SFIO et du parti radical. Si l’on se place avant le 22 juin 1941, c'est-à-dire avant l’entrée massive des communistes dans la Résistance, suite à l’attaque allemande contre l’URSS, leur poids relatif s’accroît encore. Le poids de l’extrême-droite est considérable dans la résistance non communiste. Replacé dans la Résistance des débuts, quand il n’y avait personne ou presque, leur apport est crucial.

La Cagoule exerce une forte influence sur le régime de Vichy, où la plupart de ses membres croient résister aux nazis. La Cagoule comprend un second groupement qui combat par tous les moyens les nazis. Maurice Duclos, cofondateur du C.S.A.R., va rejoindre avec d'autres cagoulards le Général dès l'appel de Londres.

Comme Eugène Deloncle est tombé en 1943, les armes à la main, sous le feu de la Gestapo, et Darlan a rejoint la France Libre, les résistants cagoulards de la première heure sont rejoints par les résistants trompés par le Maréchal. Comme l'amiral Canaris ils luttent contre Hitler. Les idées de Deloncle à cette époque ne sont pas éloignées de celles d'un Claus von Stauffenberg. Revenant d'Alger, comme ce nationaliste conservateur allemand il veut tuer Hitler, mais lui a déjà essayé de faire tuer Laval et Déat.


Du fait des liens de la Cagoule avec une partie de l'Etat major et du haut patronat, mais aussi la proximité de François Mitterrand avec plusieurs de ses dirigeants et le financement par L'Oréal de l'U.M.P., l'Histoire de la Cagoule est difficile à écrire. Plusieurs pièces de l'enquête sont disparues. On manque de photos des principaux cagoulards. Annette Finley-Croswhite et Gayle K. Brunelle, auteurs de Murder in the Métro: Laetitia Toureaux and the Cagoule in 1930s[6], parlent d'obstacles mis par certains conservateurs aux Archives Nationales, pour accéder aux dossiers importants.

LA CRÉATION DU C.S.A.R.N. (juin et juillet 1936) Modifier

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Les premiers cagoulards Modifier

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La première société cagoularde est l'Union des comités d'action défensive (U.C.A.D.), créée par le général Duseigneur, as de l'aviation en 1914-1918, et son ami, le duc Pozzo di Borgo. Prenant pour prétexte la défense des institutions républicaines, ils organisent des tournées en province, donnant comme consignes à leurs partisans inquiets du danger marxiste  :

créez des comités de quartiers, stockez les armes

Ils provoquent ainsi l'intervention de la police[7].

L’Insurgé Modifier

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Le journal des cagoulards, "L'insurgé".

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Pierre de Bénouville, compagnon de la libération.

Les Nouveaux combattants, parti né de la scission d'une partie de l'Action française, notamment la 17e section des camelots du roi de Paris, se veut le Syndicalisme national des travailleurs et des épargnants. C'est une organisation politique nationaliste créée le 20 août 1935. Ce sont les anciennes troupes de choc les plus actives d'Action française. Ils sont de toutes les bagarres avec les militants communistes[8].

Le 4 février 1936, ce groupuscule se transforme en Parti National Révolutionnaire et Social et on peut la considérer comme l'origine historique réelle de la Cagoule.

Le Parti National Révolutionnaire et Social lui succède le 4 février 1936. C'est l'aile légale de la Cagoule. Il a son siège au 31 rue Caumartin à Paris.

Son journal L’Insurgé, dont le gérant est Gérard de Dampierre, est un hebdomadaire fondé le 13 janvier 1937, à l'initiative de jeunes intellectuels nationalistes : Pierre Monnier, par Jean-Pierre Maxence (1906-1956) et Thierry Maulnier (1909-1988). Son Comité directeur est composé de Lefranc, administrateur des Etablissements Lefranc et Ripolin (et gendre de l'héritière de l'entreprise automobile Panhard), de Rabotier, ingénieur, et de Carrelet de Loisy, commis d'agent de change et ancien militant actif d'Action française

Parmi ses collaborateurs : Pierre Andreu (1909-1987), Dominique Aury (1907-1998) (la future Pauline Réage auteur d'Histoire d'O), l'intarissable Georges Blond (1906-1989), Robert Francis (1909-1946), le jeune géographe Jean-François Gravier (1915-2005), Kléber Haedens (1913-1967), Serge Jeanneret (1911-2000), Jean Loisy (1901-1992), Claude Roy (1915-1997), le très extrémiste Jean Saillenfest, et le syndicaliste paysan et catholique Louis Salleron (1905-1989).

Avec Pierre de Bénouville, André Bettencourt et François Mitterrand, Claude Roy (1915-1997) fait partie de ces étudiants résidant à l’internat des pères maristes (situé au 104, rue de Vaugirard à Paris) qui fréquentent les chefs de La Cagoule, mais ne sont en rien des terroristes d'extrême-droite.

Cette équipe de L’Insurgé est formée de journalistes pour la plupart issus de Combat ou de jeunes. L'Insurgé disparaît en octobre 1937 (le dernier numéro est le 42 du 27 octobre 1937).

À cette époque l'idéologie dominante chez les étudiants est patriote et de droite. Le modèle de ces nationalistes c'est Jeanne d'Arc.

Deloncle Modifier

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Hommage au père d'Eugène Deloncle.

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Eugène Deloncle.

En janvier 1935, Eugène Deloncle (1890-1944) démissionne, comme beaucoup de ses membres très actifs, de l'Action Française. Ce fils du'un commandant refusant de quitter son paquebot lors d'un naufrage est aussi d'une famille de politiciens de gauche. Il est le neveu de Charles Deloncle (1866-1938), député puis sénateur de l'Union démocratique et radicale. Mais aussi de François Deloncle, député de gauche. Eugène Deloncle est l'oncle de Jacques Laurent-Cély, dit Jacques Laurent (1919-2000), académicien.

Officier deux fois blessé, deux fois cité, il est diplômé de la légion d'honneur[9]

C'est un homme brillant : Polytechnicien, major de l'Ecole du Génie maritime et un homme d'ordre, un orléaniste. Ce Condottiere temps modernes, féru d'histoire des sociétés secrètes et d'ésotérisme, est aussi un maître conspirateur acharné[10].

Dans un esprit de dissidence vis-à-vis de l'Action Française, Eugène Deloncle fonde en juillet 1936 l'Organisation secrète d'action révolutionnaire nationale (O.S.A.R.N.). L'adjectif nationale est supprimé plus tard et, mal lu, le O est pris pour un C pas la police. C'est sous le nom de Comité secret d'action révolutionnaire (C.S.A.R.) et avec le surnom de La Cagoule que cette organisation est connue de la presse mondiale. Portant ce surnom lui vient de Maurice Pujo de l'Action française.

Eugène Deloncle regroupe ses amis autour de lui, les anciens de la 17e section des Camelots du Roi : Aristide Corre (1895-1942), Jean Filliol, Jacques Corrèze, Gabriel Jeantet, Méténier et l'incontournable Dr Martin ![11]. Pierre de Bénouville, déjà ami de François Mitterrand, est selon son biographe, Guy Perrier, l'idéologue de la Cagoule.

Si Jacques Corrèze, fils adoptif de Deloncle, est en 1948 pour l’accusation, ... le seul cagoulard à avoir pris des contacts avec la Résistance[12], Deloncle est assassiné et son fils Louis, blessé, par la Gestapo. Gabriel Jeantet est déporté, Aristide Corre (1895-1942) fusillé par les nazis. Méténier est lui aussi un grand résistant. Le Dr Martin se conduit en héros.

Seul Filliol et quelques seconds couteaux trahissent la France. Mais pour l'historien Robert O. Paxton, il est évident que Jean Filliol fait partie de ces Français marginaux qui émargent aux fonds secrets de l'Allemagne et de l'Italie à la fin des années 30. Par contre Le C.S.A.R. n'a aucun lien avec les nazis. Ses membres sont généralement très germanophobes comme Maurras.

Leurs motivations Modifier

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Camelots du roi. 6 février 1934.

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Le danger : Brigadistes et ce qu'il reste de leurs prisonniers (guerre d'Espagne).

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La réplique : armée, royalistes, fascistes et élites unis.

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Mussolini (ici avec Franco et Serrano Suñer) va fournir les armes.

La Cagoule est fondée par Eugène Deloncle à une époque où les démocraties vacillent en Europe tandis que nombre de dirigeants se tournent vers l'Italie de Mussolini et l'Espagne de Franco.

Winston Churchill écrit à propos de la guerre d'Espagne :

... Naturellement je n'étais pas favorable aux communistes. Comment l'aurais-je pu alors que si j'avais été Espagnol, ils m'auraient massacré, moi, ma famille et mes amis ?[13].

Winston Churchill, même s'il se fâche dans ses mémoires à cause de l'assassinat de Benito Mussolini par les communistes en 1945, n'est pas fasciste. Néanmoins il a une certaine admiration pour l'Italie fasciste.

Eugène Deloncle est orléaniste. Contrairement à la légende mitterrandienne, le comte de Paris n'est pas avant-guerre un démocrate. Son fils, Jacques d'Orléans, raconte longuement dans Les Ténébreuses affaires du comte de Paris que son père se voit déjà à l'époque du 6 février 1934 devenir roi. Il reproche à Maurras de ne pas s'insurger. Il imagine les ligues républicaines ou fascistes et surtout l'armée le soutenir. Ce rêve d'une droite unie déclenchant une insurrection, comme en Espagne, Eugène Deloncle va essayer de le réaliser avec le soutien des élites et de l'armée.

Eugène Deloncle est-il fasciste ? Certes le fascisme séduit beaucoup d'Européens, mais le décompte du fascisme français est rapidement établi. La tentative du Faisceau de Georges Valois, le Francisme de Marcel Bucard et la Solidarité française du commandant Jean Renaud, ne comptent que des effectifs très réduits et qu'une audience plus restreinte encore.

Le C.S.A.R. semble correspondre aux définitions d'un fascisme authentique. Encore convient-il de préciser que le C.S.A.R. ne représente qu'une poignée de conspirateurs.

Cependant le fascisme c'est un idéal révolutionnaire, hostile au capitalisme libéral et à l'ordre social existant et pas seulement un refus des institutions politiques en vigueur. La cagoule est manipulée par le patronat et certains de ses membres sont de grands patrons.

Drieu La Rochelle, dans L’Émancipation Nationale du 20 août 1937, écrit :

Doriot fera une France où se trouveront à leur aise ces milliers de jeunes couples qui à chaque saison s'élancent vers les plaisirs primordiaux du ski, du kayak, du camping, de la natation. Avec lui la France du camping vaincra la France de l'apéro et des congrès.

Or cette France de l'apéro c'est la clientèle de la Cagoule. Les héros de 14 ou les jeunes étudiants camelots du roi se retrouvent dans les bistrots et pas sur les stades.

Doriot et le P.P.F. sont fascistes, mais contrairement à Eugène Deloncle, ces hommes venus la plupart du temps de la gauche et l'extrême-gauche sont de plus en plus fascinés par les idées nazies. Les militants du P.P.F. vont aux Congrès de Nuremberg, alors que les cagoulards se réfugient dans l'Italie fasciste ou aident les nationalistes espagnols. Rebatet écrit : Au début de 1938, je revenais d'un assez beau voyage en Europe centrale ; c'était la sixième fois en moins de quatre ans que j'avais franchi les frontières du Reich, telles sont les premières lignes de ses Décombres, mais ce n'est pas le cas des cagoulards[14].

AVANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE Modifier

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Eugène Deloncle (1890-1944), polytechnicien, fondateur et principal dirigeant de "la Cagoule".

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Le général Duseigneur.

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Des dirigeants de la Cagoule.

En juin 1936, après la victoire du Front populaire, Eugène Deloncle, crée, avec principalement des maurassiens, l'O.S.A.R.N. L'Organisation secrète d'action révolutionnaire nationale est le nom que Eugène Deloncle revendique lors de l'instruction judiciaire en 1937 plutôt que celui de Comité secret d'action révolutionnaire (C.S.A.R.).

L'O.S.A.R.N. comprend une branche militaire animée par le général Duseigneur, ancien responsable de l'Union des comités d'action défensive (U.C.A.D.), mais pas le commandant Georges Loustaunau-Lacau (1894-1955), qui est un rival. L'O.S.A.R.N. est soutenue par la plupart des généraux, mais pas le maréchal Pétain. Edmond Duseigneur, général d'aviation, dirige la Cagoule quand Deloncle est absent.

Les cagoulards en 1936 font aussi de l'entrisme dans les partis politiques. Le colonel de La Rocque met en garde les anciens adhérents des ligues contre une infiltration de leur mouvement par des groupes de trahison, c’est-à-dire par des fascistes agissant pour le compte de l’étranger, l’Italie et l’Allemagne en l’occurrence[15]. Ce surnom lui a été attribué par Maurice Pujo de l'Action française. Lorsque ce terme est utilisé par son journal, c'est avec dédain et mépris : Pujo, comme Charles Maurras, le collaborateur le plus célèbre du quotidien L'Action française, ne tient pas à ce que son organisation royaliste soit confondue avec cette organisation ouvertement terroriste. Le fait que plusieurs dirigeants sont d'anciens membres de l'Action française en est plutôt la raison profonde. Le fascisme s'implante surtout en Europe au détriment des monarchies ou des monarchistes.

L'antenne de la Cagoule à Nice, et dans le Sud-Est de la France, est très active. L'entreprise de transport et de déménagement d'un autre héros de la guerre de 14, Joseph Darnand, lui fournit le moyen approprié et la couverture idéale pour approvisionner en matériel l'organisation secrète[16].

Si l'Action française sait que l'O.S.A.R. existe, c'est qu'une partie non négligeable des dirigeants sont d'anciens camelots tels que : Eugène Deloncle, l'ingénieur ; Aristide Corre, le fonctionnaire ; le duc corse, Joseph Pozzo di Borgo ; le docteur Henri Martin ; Jean Filliol dit le tueur. C'est aussi le cas de Maurice Cochinaire, de Nancy, chef de la Cagoule d'Alsace-Lorraine. Il a été trésorier de l'Action française à Nancy, en 1924, et responsable des Camelots du Roi pour l'Est jusqu'en 1936. Mais pour les membres de la Cagoule, lassés de l'attentisme de Pujo et de Maurras, l'heure est venue d'agir.

Des jeunes gens, amis et étudiants pour la plupart, résidant à l’internat des pères maristes (au 104, rue de Vaugirard à Paris), fréquentent alors les chefs de la Cagoule. François Mitterrand et André Bettencourt fréquentent assidûment l'appartement de la rue Zédé, puis celui de la rue Chernoviz, du côté de Passy, où fraie le Tout-Cagoule d'avant-guerre[17]. Mitterrand a des liens personnels avec Jean-Marie Bouvyer, le Dr Martin, Gabriel Jeantet ou encore Simon Arbellot[18].

Anticommuniste, antisémite et antirépublicain, ce mouvement qui se veut fasciste, à partir de 1935 mène des actions de déstabilisation de la République.

Les militaires Modifier

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Le maréchal Franchet d'Espérey.

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François Méténier.

Le but de l'O.S.A.R. est de créer par des attentats spectaculaires un climat de tension et d’insécurité pour provoquer une réaction violente des organisations communistes et ainsi de justifier l’intervention de l’armée pour rétablir l’ordre. Pétain est pressenti pour prendre la tête des militaires mais il refuse catégoriquement. C’est donc Franchet d'Esperey qui est choisi.

Depuis 1934, Franchet d'Espèrey (1856-1942) encourage certaines ligues d'extrême-droite, dont la Cagoule[19]. Il exige des manifestations du sérieux des cagoulards :

Je connais l'esprit de votre organisation et votre patriotisme. Je m'engagerai à vous cautionner sur ce point et sur d'autres lorsque que vous m'aurez donné la preuve que vous êtes sérieux,organisés et prêts à aller jusqu'au bout de votre mission. Donnez-moi la preuve que vous pouvez tuer[20].

L'O.S.A.R. s’est organisée sur le modèle militaire. L'état-major est subdivisé en bureaux. Le premier bureau revient à Deloncle assisté de son fils adoptif, Jacques Corrèze, dont le pseudonyme est la Bûche. Le Dr Martin est naturellement chargé du deuxième bureau, celui des renseignements. Il est également en charge des groupes Z. Le lieutenant-colonel de réserve Georges Cachier dirige le troisième bureau et Jean Moreau dit de La Meuse est placé à la tête du quatrième en charge des opérations, du recrutement et du matériel. En appui des membres dirigeants, citons François Méténier, capitaine de réserve, et Joseph Darnand[21].

A la base la Cagoule est formée de cellules légère (sept hommes) ou lourdes (douze hommes), trois cellules forment une unité, trois unités forment elle-même un bataillon. Le régiment est formé de trois bataillons, la brigade de trois régiments, la division de trois brigades. Donc chaque division compte 2.000 hommes. Deloncle peut compter sur 12.000 combattants, dont 5.000 sur Paris[22].

Le coup d'État est préparé avec minutie. Des groupes de combat clandestins équipés d'armes automatiques sont constitués et bénéficient des conseils d'officiers sympathisants affiliés aux réseaux d’information animés au sein de l'armée par le commandant Georges Loustaunau-Lacau (1894-1955). Ce dernier est l'initiateur à la fin de 1936 d'un service de renseignement anticommuniste dans l'armée, appelé Corvignolles. C’est par lui que Pétain est informé des buts du C.S.A.R.[23]. Cependant Georges Loustaunau-Lacau déteste Deloncle.

Malgré toutes les précautions prises et l’étanchéité des structures, la police est informée de l’existence d’un complot et parvient à infiltrer l’organisation secrète. Elle accumule les informations et attend le moment propice pour agir[24].

Le général Lavigne-Delville (1866-1957), officier de cavalerie héros de la première guerre mondiale, fait lui aussi partie de la Cagoule[25]. Certes il se défend d'avoir appartenu à la Cagoule, mais précise en 1945 que Deloncle lui a demandé d'établir des plans et des études tactiques concernant l'action concomitante des forces supplétives. Le général Lavigne-Delville, chroniqueur militaire de l'A.F., est un des fondateurs de la Cagoule[26]. Il s'occupe du recrutement de la Bandera Jeanne d'Arc qui combat en Espagne avec les nationalistes. Le général Lavigne-Delville, affirme qu'il n'existe guère de doutes sur une entente entre cagoulards et militaires.

Les industriels Modifier

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Eugène Schueller.

Ami intime d’Eugène Deloncle, Eugène Schueller (1881-1957), fondateur de la société l'Oréal, met ses moyens personnels à disposition de la Cagoule qui organise des réunions dans son propre bureau du siège de la société. C'est un patron social d'avant-garde et un industriel génial. Il a inventé un procédé révolutionnaire pour la teinture des cheveux. Eugène Schueller (1881-1957) est le père de Madame Bettencourt, proche de Nicolas Sarkozy qui finance l'U.M.P..

Comme Deloncle est le neveu, par sa mère, du célèbre général Grossetti ça lui ouvre bien des portes[27]. Le haut patronat distribue des grosses sommes. Parmi les industriels et les banquiers qui financent la Cagoule, il faut noter ; Lemaigre-Dubreuil, des Huiles Lesieur, Louis Renault, des automobiles, Pierre Michelin, des pneumatiques, de Gibbs, de Byrrh, des Ciments Lafarge liés à Gabriel Jantet de la banque Worms[28].

Assassiner Léon Blum le 13 février 1936 Modifier

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Royalistes attaquant la voiture de Léon Blum.

La première action subversive de la Cagoule sur le terrain politique français se veut un coup d’éclat : assassiner Léon Blum le 11 février 1936 ; mais l’opération rate...

écrivent de nos jours les royalistes.

C'est faux ! Le 13 février 1936, lors des obsèques de l'historien royaliste Jacques Bainville, boulevard Saint-Germain, une voiture tente de se frayer passage en coupant la queue du cortège. A l'intérieur Léon Blum veut passer. Des royalistes le repèrent et il est frappé. Heureusement pour lui des ouvriers lui sauvent la vie[29].

L'agression n'a rien à voir avec la Cagoule. Et les royalistes de cette époque ne sont pas des militants pacifiques. Charles Maurras écrit quelque temps après dans L'Action française du 15 mai 1936 :

C'est en tant que juif qu'il faut voir, concevoir, entendre, combattre et abattre le Blum. Ce dernier verbe paraîtra un peu fort de café : je me hâte d'ajouter qu'il ne faudra abattre physiquement Blum que le jour où sa politique nous aura amené la guerre impie qu'il rêve contre nos compagnons d'armes italiens. Ce jour-là, il est vrai, il ne faudra pas le manquer.

Rencontre avec Giraud Modifier

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Le général Giraud avant-guerre.

Lors d'une perquisition au siège du parti, le 10 juin 1936, la police saisit des plans des divers quartiers de Paris, portant l'indication des emplacements de ministères, d'ambassades, de casernes de pompier, de poste de police, et y arrête Aristide Corre (1895-1942), Jean Bassompierre, Jean Bouvyer, Robert Tetard et Robert Puireux.


Fin novembre 1936, Eugène Deloncle rencontre le général Henri Giraud (1879-1949). Celui-ci est général d'armée depuis peu et commandant militaire de Metz. Giraud est considéré comme l'une des principales figures du processus qui va mener à la Libération[30]. Néanmoins, selon Pierre Péan, Giraud informé des activités futures de l'organisation, le général promet à Deloncle son appui en cas de soulèvement communiste. Deloncle, quant à lui, dit à Giraud que lui et ses hommes sont prêts le cas échéant à se mettre sous ses ordres[31].

Très satisfait, Giraud est d'accord pour travailler avec le C.S.A.R.. En appui de l’armée, le C.S.A.R. fera intervenir ses groupes paramilitaires qui disposent de stocks importants d'explosifs et d'armes volés dans les magasins de l'armée et dans les usines ou achetés à l'étranger, en particulier en Italie[32].

Liquidation de l'espion Dimitri Navachine (23 janvier 1937) Modifier

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Liquidation de Navachine (L'Oeuvre, numéro 7788, du 26 janvier 1937.)

Eugène Deloncle donne toute satisfaction au maréchal Franchet d'Espèrey (1856-1942) en faisant assassiner par le Périgourdin Jean Filliol, le 23 janvier 1937, avenue du Parc des Princes à Paris, tout près du Bois de Boulogne, le banquier juif et espion russe Dimitri Navachine (1899-1937).

Dimitri Navachine (1889-1937), journaliste et économiste russe en affaire avec l'URSS, directeur de la Banque commerciale pour l'Europe du Nord de 1925 à 1930, est l'ami personnel du ministre Anatole de Monzie, lequel fait reconnaître l'URSS par la France et négocie le remboursement de l'emprunt russe. C'est aussi un tchékiste depuis 1923 et un haut dignitaire. Très habile il est un proche de Cot, finance la presse radicale, mais est aussi très proche d'officine d’extrême-droite et du Courrier royal du comte de Paris[33]. C'est aussi un ami de Léon Blum. Cet agent soviétique infiltré depuis des années dans les milieux intellectuels parisiens, membre de la Grande Loge de France, aide les dirigeants du Frente Popular à obtenir des subsides de certains financiers parisiens.

Navachine est assassiné de six coups de baïonnette, dont un en plein cœur, par Filliol en rentrant du Bois où il a promené ses chiens, comme à son habitude à 10 h 30.

François Méténier, que nous allons retrouver en Espagne, va à Rome, et cherche à rencontrer Mussolini. Il promet d'aider les fascistes italiens en échange d'argent et d'armes. Il promet d'éliminer les Rosselli, dont Ciano veut la mort[34].

Fusillade de Clichy en mars 1937 Modifier

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Clichy de lendemain de l'attaque de la réunion du P.S.F..

Le 16 mars 1937, une réunion autorisée du Parti social français, parti patriote mais non fasciste, à Clichy, des extrémistes de gauche viennent l'attaquer. La police doit tirer. Pour Philippe Bourdrel et Annie Lacroix-Riz, la fusillade est peut-être en partie due à la provocation de membres non identifiés de la Cagoule, de Eugène Deloncle. Selon Le Figaro, du 18 mars 1937, le bilan est de 4 morts (porté à 5 quelques jours plus tard) et plus de 300 blessés.

En 1940, Maurice Thorez revient sur ces événements et écrit un texte virulent, où il s'en prend à Léon Blum et ses ministres pour la fusillade de Clichy.

L'historien universitaire, Frédéric Monier, estime que les défaillances du service d’ordre et les provocations de militants d’extrême-droite expliquent que la police tire sur la foule[35].

Les communistes surnomment désormais Blum, le fusilleur Blum.

Assassinat des frères Rosselli en juin 1937 Modifier

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Enquête sur l'assassinat des frères Rosselli.

Les frères Carlo et Nello Rosselli, deux intellectuels antifascistes italiens, sont assassinés le 9 juin 1937 pour le compte des services de renseignement fascistes à Bagnoles-de-l'Orne. L'OSARN reçoit des armes du gouvernement italien en contrepartie.

Le double homicide est organisé par l'ingénieur François Méténier. Selon le procès qui s'est tenu à Paris en octobre 1948 à Paris, ils ont été assassinés par un commando de neuf militants, dont Filliol. Jean Filliol est le tueur attitré de la Cagoule. Devenu tortionnaire pour le compte des nazis, il est condamné à mort par contumace, ayant fui en Espagne après la Seconde Guerre mondiale.

Des armes envoyés par Mussolini sont convoqués jusqu'à chez des responsables à travers toute la France. Souvent arrêtés les routiers déclarent aux gendarmes qu'il s'agit d'armes pour les républicains espagnols. Pierre Cot a donné l'ordre aux forces de l'ordre de laisser faire.

Destruction de l'aérodrome de Toussus-le-Noble (août 1937) Modifier

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Destruction de l'aérodrome de Toussus-le-Noble.

Après l'assassinat des Rosselli en juin 1937, l'affaire de la Cagoule n'est plus évoquée durant tout le second semestre 1937 dans les réunions interministérielles du renseignement.

Le mouvement tisse des liens avec des dirigeants fascistes du gouvernement de Benito Mussolini en Italie et acheminent des armes au général Francisco Franco en Espagne. En échange, la Cagoule obtient un appui financier et des armes, notamment des mitraillettes beretta.

La cagoule a des contacts avec l'entourage du Caudillo. Eugène Deloncle circule en Espagne avec un passeport chilien. Méténier met en rapport l'état-major espagnol et celui de général Julien Dufieux. Si le gouvernement de Front Populaire soutient les Républicains, la plupart des généraux soutiennent les Nationalistes[36].

L'historien Sylvain Roussillon étudie enfin la fameuse Bandera Jeanne d'Arc et en déconstruit le mythe. Il relate les dissensions permanentes au-delà des Pyrénées entre les membres de l’Action française, des Croix-de-Feu, de la Cagoule... d’où une certaine inefficacité militaire[37].

La Cagoule l'est plus. Le colonel franquiste Ungrilla, par exemple, demande à Deloncle de saboter des appareils destinés au gouvernement républicain. Filliol et ses gens exécutent le contrat. Le 20 août 1937, trois avions, destinés à l’Espagne républicaine, sont détruits sur le tarmac de Toussus-le-Noble[38].

Septembre 1937 : attentat contre la Confédération générale du patronat français Modifier

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Attentat effectué par le C.S.A.R..

Le 11 septembre 1937, le groupement provoque un attentat à la bombe contre la Confédération générale du patronat français (4, rue de Presbourg, à Paris) et l'Union des industries et métiers de la métallurgie. Deux agents de police, en faction devant les bâtiments, sont tués par l'explosion. L'enquête permet d'établir la responsabilité des membres de la cagoule clermontoise, rassemblés au sein du groupe dénommé les Enfants de Gergovie. Plusieurs de ces membres appartiennent à l'encadrement de l'usine Michelin. Pierre Michelin, fils de l'un des fondateurs de l'usine, est lui-même suspecté d'avoir aidé au financement de cette section de la Cagoule. Pire, dans une interview accordée à l'hebdomadaire Marianne fin janvier 1938, un enquêteur dévoile que Pierre Michelin est l'un des chefs de cette section.

Enhardis, le 11 septembre 1937, les cagoulards font sauter à la bombe le siège de la Confédération Générale du Patronat Français et celui de l’Union des Industries Métallurgiques dans le but de faire accuser les communistes. Deux gardiens de la paix en faction décèdent. Qui a monté le coup ? L’Union des Enfants de Gergovie, groupe de Clermont-Ferrand lié à la Cagoule, dont Pierre Michelin est chef de section. La presse de droite tonne contre syndicalistes, communistes et socialistes. Ainsi Le Temps écrit : La vérité est que la campagne marxiste des syndicalistes contre la société actuelle et contre l’ordre établi sont à l’origine de toute cette affaire….

Cependant, cette provocation n’atteint pas son but et l’affaire se retournera plus tard contre ses auteurs. 

Un complot contre l'État La Cagoule n'entend pas s'en tenir là et elle ne projette rien moins qu'un coup d'État pour abattre la République.

Coup d’état fomenté par la Cagoule (novembre 1937) Modifier

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Plan de l'appartement de Léon Blum pour aller le tuer

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Perquisition après la tentative de coup d'état.

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Armes saisies devant servir au putsch.

Le 18 novembre 1937, soit plus d'un an après la dissolution des ligues, le ministre de l'Intérieur du gouvernement Chautemps, Max Dormoy, révèle que les services de police ont établi avec certitude l'existence d'un complot contre la République[39]. Le New York Times du 24 novembre 1937 titre sur l'échec d'un complot royaliste en France.

Eugène Deloncle décide de jouer son va-tout avant la rentrée parlementaire de novembre 1937. Le 15, il persuade le général Duseigneur que les communistes vont se soulever et qu'il faut en avertir le général Gamelin, chef d'état-major des armées. Du 15 au 16 novembre 1937, en effet, la Cagoule fomente un coup d’état. Le projet planifié par le C.S.A.R. est assez simple :

  • faire croire aux généraux amis que les communistes prévoient un putsch pour la nuit du 15 au 16 novembre.
  • provoquer un coup d’état militaire ce soir-là pour protéger la France contre cette action des communistes
  • lancer dans le même temps les bataillons de la Cagoule à l’assaut des bâtiments abritant le pouvoir en se présentant comme défenseurs de la patrie face aux rouges.

Début novembre 37, les généraux Alphonse Georges, Julien Sosthène Dufieux, et Jeanne sont dans la confidence concernant le coup d’état projeté par les communistes. D’autres liens sont assurés.

Dans la nuit du 15 au 16 novembre, toutes les forces du C.S.A.R. sont à leurs postes de combat pour s’emparer de l’Elysée, de Matignon, des ministères, des points stratégiques de la capitale... D'autres groupes disposent de l’adresse, parfois même des plans des appartements de personnalités à arrêter ou exécuter.

Tous attendent l’ordre d’Eugène Deloncle. Les minutes passent ; les heures passent. Et Eugène Deloncle ne donne pas l’ordre attendu. En l’absence de tout action des militaires, la Cagoule n’a effectivement pas les moyens de renverser la république dirigée par le Front populaire.

D'autres cagoulards, comme Filliol, poussent cette nuit-là à lancer l’opération sans l’armée... mais Deloncle ne donne toujours pas l’ordre attendu. Ce faisant, il a signé l'arrêt de mort de la Cagoule[40].

Au petit matin, des milliers de conspirateurs rentrent chez eux.

Le premier procès de la Cagoule (1938) Modifier

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Extrait "a droite toute"06:01

Extrait "a droite toute"

Livraison d'armes par Duclos.

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Arrestation de Deloncle.

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De simples cagoulards qui sont souvent des notables sont arrêtés.

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Un des stocks d'armes de la Cagoule.

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Procès de la Cagoule.

Après l'échec de leur coup d’État dans la nuit du 15 au 16 novembre 1937, le complot est mis au jour.

Le 21 novembre, c'est l'arrestation de Jean Moreau de La Meuse et de son fils pourtant totalement étranger à la Cagoule. Le ministre de l'intérieur Marx Dormoy fait démanteler l'organisation le 23 novembre. Des caches d’armes réparties sur tout le territoire sont découvertes.

Eugène Deloncle ne comprend d'abord rien à ces opérations. Il ignore que parmi ses collaborateurs immédiats, il y a le traître Thomas Bourlier. Finalement, à partir de novembre 1937, la Cagoule est en partie démantelée par le commissaire Jobard[41].

Durant la semaine suivante, la police (dirigée par l’actif ministre de l’intérieur Marc Dormoy) découvre une partie de l’opération projetée. 

La revue Le Monde apporte des informations intéressantes concernant l’armement de la Cagoule ainsi découvert : 

A chaque brigade correspondait un dépôt d’armes sans compter les trois dépôts centraux. A Paris, on a découvert au total 7.740 grenades, 34 mitrailleuses, 195 fusils Schmeisser, 85 fusils Beretta, 148 fusils de chasse, 300.938 cartouches, 166 kilos d’explosifs. La plupart de ces armes étaient entreposées dans des caves où des maçonneries secrètes avaient été pratiquées, grâce aux moyens financiers d’origine inconnue dont disposait le CSAR (autre nom de l’OSARN). Au 37 de la rue Ribera par exemple, sous une pension de famille, un déclic faisait pivoter une paroi pour découvrir un poste de commandement capitonné de carton insonore, muni d’un téléphone clandestin. En banlieue, on trouva des dépôts à Annet-sur-Marne, Limeil-Brévannes, Villemomble, et dans l’Aisne à Attilly. En dehors des armes classiques, la Cagoule disposait d’engins explosifs à retardement et de portemines lançant des liquides aveuglants.

Ces armes proviennent de cambriolages dans les casernes et surtout d’importations étrangères de Suisse, d’Espagne, d’Italie, d’Allemagne (fusils Schmeissel) et surtout de Belgique.

En 1938, plus de 120 membres de la Cagoule sont arrêtés. Cela ne permet cependant pas de détruire complètement ses ramifications dans les milieux économiques, en particulier dans les grandes entreprises qui, selon les Renseignements généraux et la police judiciaire, financent le mouvement terroriste.   Mais la guerre approche et le procès de la Cagoule n’a en fait jamais lieu réellement. Daladier, qui n'est en rien un Staline, veut éviter un procès décapitant les responsables de notre armée.

D'importantes caches d’armes sont découvertes par la suite, ici et là, par exemple dans le château de Saint-Vincent-le-Paluel, brûlé en 44 par les Allemands, où les Cagoulards ont entreposé, avec l’accord du prince (dans la réalité duc) de Croÿ, dans le souterrain, un stock considérable d’armes. Beaucoup de ces armes vont servir dans les maquis vers 1943 quand beaucoup de Cagoulards rejoignent les maquis[42].

La Cagoule veut l'union de tous les nationaux contre le danger communiste. Elle a bien du mal à se réaliser. Pour Xavier Vallat, cette aspiration se manifeste de plus en plus dans les prétoires. Paul Marion déclare :

J'ai donc été chargé de défendre ces imbéciles de la Cagoule au nom du Parti Populaire Français. Comment m'y suis—je pris Eh bien, voici ma plaidoirie et ses détours. Jamais de propos directs, bien sûr ! Première phase La Cagoule est une invention policière de Fantomarx...

En soutenant la thèse que la Cagoule est une invention policière de Fantomarx (Dormoy), en ridiculisant l'organisation, Doriot se propose de récupérer pour le P.P.F. un bon nombre de cagoulards.


L'organisation exerce aussi une répression impitoyable auprès de ses membres coupables d'indélicatesses. Sont ainsi éliminés Léon Jean-Baptiste, en octobre 1936, et Maurice Juif le 8 février 1937, auteurs de malversations financières.

PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE Modifier

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1939-1940 Modifier

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En 14 et en 40 Darnand est un héros des corps francs avant de devenir collaborateur.

Robert Mitterrand, frère aîné du président de la République François Mitterrand, se marie en premières noces, le 6 décembre 1939, avec Édith Cahier, belle-sœur de Deloncle.

Le 6 juillet 1939, le juge Béteille signe le dossier de la Cagoule, un rapport de six cents pages... Il a fallu plus de deux ans pour instruire l'affaire. Le dossier d'instruction de la Cagoule est enfin refermé. Sur ordre du ministre de la Défense nationale Edouard Daladier, devenu président du Conseil en avril 1938, les procédures visant les cagoulards sont arrêtées.

Quand la guerre éclate les inculpés sont libérés, car ils sont connus pour leur haine des Allemands. La Cagoule est patriote et la plupart de ses membres vont se battre courageusement en 1940. Certes Filliol ne revient pas en France pour combattre l'ennemi. Un autre cagoulard n'est arrêté que le 28 juillet 1939, Mohammed el Maadi. Filliol et lui finiront gestapistes[43].

Même Darnand en 1939 sollicite comme en 14 le commandement d'un corps-franc, et se signal par un exploit qui constitue un des actes les plus héroïques de la défaite de 40[44].

Les cagoulards vont ensuite opérer des choix divergents, certains se ralliant au général de Gaulle ou la Résistance intérieure et d'autres entrant dans la collaboration. La plupart vont soutenir le Maréchal, jusqu'au départ de Darlan à Alger ou l'assassinat de Deloncle par la Gestapo, puis lutter contre les nazis.

Londres et la Résistance intérieure Modifier

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Maurice Duclos, compagnon de la Libération, rejoint Londres.

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Alfred Heurteaux, as de l'aviation, cagoulard, déporté, compagnon de la Libération, général de brigade...

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Claude Hettier de Boislambert

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Marie-Madeleine Fourcade, figure de la Résistance.

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André Dewavrin, dit « le colonel Passy ».

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Paul Dungler.

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Michel de Camaret, Compagnon de la Libération.

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Lemaigre-Dubreuil fait partie du Groupe des cinq qui préparent le débarquement en AFN.

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Giraud et Roosevelt.

Dans Un paradoxe français, Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance le chercheur et universitaire Simon Epstein établit la surreprésentation par rapport à leur poids politique des militants d'extrême droite, en particulier antisémites, parmi les fondateurs de la Résistance et les premiers soutiens du général de Gaulle. Les ex-philosémites, les anciens du combat antiraciste sont nombreux au R.N.P. - dirigé par l'ancien dirigeant socialiste Déat -, et à la direction du P.P.F. - dirigé par l'ancien dirigeant communiste Doriot -, ou s’engagent dans les Waffen SS[45].

On retrouve donc une partie des anciens de la cagoule parmi les premiers résistants :

  • Maurice Duclos rejoint le Général dès l'appel de Londres et entre dans le renseignement sous les ordres de Passy (Dewavrin). Il prend le nom de Saint-Jacques. Son réseau couvre Paris et les côtes de la Manche. Homme très courageux, il mène plusieurs expéditions dangereuses en France. Maurice Duclos, l'un des premiers à rejoindre Londres, a fait de la prison dans les années 1930 suite à une affaire de trafic d'armes pour le C.S.A.R.. Compagnon de la Libération.
  • Pierre Fourcaud tente de rapprocher les éléments résistants de Vichy et ceux de la France libre. Fondateur du réseau Brutus. Compagnon de la Libération. est désigné comme un ancien membre de la cagoule par Duclos, l'a nié lui-même avant d'avouer à Dewavrin en avoir fait partie avant de la quitter suite à un attentat violent.
  • Pierre de Bénouville fréquente les chefs de La Cagoule, ainsi que ses amis André Bettencourt, Claude Roy et François Mitterrand. Durant l'été de 1936, Pierre de Bénouville combat en Espagne aux côtés des Requetés carlistes, avec son ami Michel de Camaret (1915-1987). Il s'engage à Combat et AU Noyautage des administrations publiques. À la fin de 1942, il retrouve son ami François Mitterrand. Peu après, lors de la création des Mouvements unis de la Résistance (MUR), Bénouville devient membre de leur comité directeur. Fait général de brigade à 30 ans par le général de Gaulle et Compagnon de la Libération.
  • Le commandant colonel Aristide Antoine (1891-1970) dit Fontaine est comme Dewawrin ancien cagoulard[46]. Il est membre de l'état-major du général de Gaulle. Le 9 septembre, le commandant Fontaine adresse un blâme à un certain Labarthe, ami de Jean Moulin... Le vieux combat entre la Cagoule et les bolcheviks a repris. Tous les coups sont permis[47].
  • Claude Hettier de Boislambert passe de la Cagoule à la résistance[48]. Dès sa nomination à la tête du 2e Bureau, Passy se heurte au lieutenant Claude Hettier de Boislambert, chef de cabinet du général de Gaulle.
  • Léon Faye, fondateur et dirigeant du réseau de renseignements Alliance. Il en est le chef militaire de mai 1942 à septembre 1943. Il est arrêté par la police de Vichy, à Lyon, le 18 mai 1943. Évadé le même jour, il est condamné à dix ans de travaux forcés par contumace. Déporté, Faye est transféré à Sonnenburg, le 3 janvier 1945. Il est l’une des victimes du massacre perpétré par les Allemands le 30 janvier, à l’approche des troupes soviétiques. Avant-guerre Faye est commandant et membre de la Cagoule militaire[49].
  • Marie-Madeleine Fourcade connue des cagoulards d'avant-guerre sous le nom de Mme Méric — elle est encore l'épouse du colonel Méric — comme l'adjointe du chef de la Spirale cagoularde[50], est responsable de l'un des plus importants réseaux de résistance Alliance, qui agit pour les Britanniques. Elle succède comme chef de réseau à son fondateur Georges Loustaunau-Lacau (1894-1955) après son arrestation, en 1941.
  • Le capitaine Alexandre Beresnikoff, alias Corvisart fait partie des trois premiers volontaires envoyés en France occupée et chargés de recueillir des renseignements sur les préparatifs allemands d'invasion de l'Angleterre[51]. Il est cagoulard avant-guerre, selon Pierre Péan[52].
  • André Dewavrin, dit le colonel Passy, est chef des services secrets de la France libre, le B.C.R.A (Bureau central de renseignements et d’action), auprès du général de Gaulle. Il est compagnon de la Libération. André Dewavrin, Passy, selon un article paru dans The Tribune au début 1944, a été le secrétaire d'Eugène Deloncle, ce qu'affirme aussi un article paru dans le New York Times du 18 septembre 1943[53]. Il retrouve à Londres Maurice Duclos qu'il connaît depuis plusieurs années, tous deux ayant appartenu à la Cagoule[54]. C'est Duclos qui suggère que les membres du BCRA prennent pour noms de code ceux des de stations métro, une précaution d'usage dans la Cagoule. L'idée est adoptée. Dewavrin, au passé cagoulard, retrouve le nom de code de Passy pour ses nouvelles activités clandestines[55].
  • Paul Dungler est le fondateur du réseau Septième colonne d’Alsace. Paul Dungler, dirigeant des Camelots du roi de Thann, rompt en 1936 avec l'Action française pour rejoindre la Cagoule[56]. Il a des liens persistants avec les milieux militaires allemands complotant contre Hitler, comme Eugène Deloncle[57].
  • Michel de Camaret (1915-1987) est avant-guerre Camelot du roi. Il quitte l’Action française jugée trop modérée et combat en Espagne dans les rangs des Requetes. Après la débâcle s'engage dans les F.F.L. et sert dans les commandos parachutés en juin 1944. Il est décoré à la Libération de la Croix de guerre, de la Croix du combattant volontaire de la Résistance, de la Médaille de la Résistance et de l'Ordre de la Libération. Il commence à peine une carrière diplomatique, qu'il participe en tant que Capitaine à la Guerre d'Indochine. Compagnon de la Libération, il est un temps député européen du Front National. Alain de Camaret, frère de Michel, vient lui aussi des franges cagoulardes de l’Action française et suit Bénouville et meurt en déportation.
  • Le duc Joseph Pozzo di Borgo, quand il claque la porte des Croix-de-Feu, est parmi les fondateurs de la Cagoule (comme son ami Alfred Heurteaux). Il est l'un des chefs de la résistance corse.
  • Aristide Corre (1895-1942), venu de l’Action française et des Camelots du roi, fait partie de l’équipe initiale de la Cagoule. Lié à l’Intelligence Service, Corre est interné comme otage par les Allemands, qui le fusillent en mars 1942[58].
  • Jacques Lemaigre-Dubreuil (1894-1955) est l'ancien financier de L'Insurgé, le journal de La Cagoule[59]. Il fait partie, avec son homme de confiance Jean Rigault, et Henri d'Astier de la Vigerie, du groupe des Cinq qui travaillent à Alger avec le consul américain Robert Murphy à préparer l'arrivée des américains en Afrique du Nord.
  • Lucien Robet, Cagoulard actif, soutient les rebelles nationalistes en Espagne. Pendant la guerre, on le retrouve à la direction de l’Organisation de résistance armée dans le Finistère. Arrêté et déporté en janvier 1944, il reprend ses activités politiques après la guerre[60].
  • Le général Henri Giraud (1879-1949), patriote intraitable et hostile à toute collaboration, est contacté par le cagoulard Jacques Lemaigre-Dubreuil au nom des conjurés d’Alger et des Américains avec qui et pour qui il travaille. Après la mort de Darlan, il exerce le pouvoir avec la bénédiction des Américains[61].
  • Claude Lamirault, Cagoulard, on le prétend même adjoint de Deloncle[62], rejoint Londres en octobre 1940, est parachuté pour créer le réseau Jade-Fitzroy. Le maurrassien Claude Lamirault et le communiste Pierre Hentic se sont, avant la guerre, dans les combats des camelots du roi. Ils se retrouvent dans ce réseau qui travaille pour l'Intelligence Service[63]. Claude Lamirault est arrêté, déporté. Il meurt à son retour de déportation.

Vichy, puis la Résistance Modifier

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Le mauvais choix... que vont d'abord faire 40 millions de Pétainistes.

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Groupes de Protection qui arrêtent Laval dès 1940.

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Loustanau-Lacau, résistant, déporté.

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Gabriel Jeantet.

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Le Docteur Henri Martin.

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Photo de Jacques Corrèze, fils adoptif et secrétaire de Deloncle.

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Mitterrand est décoré de la Francisque, mais devient résistant.

A Vichy, d'anciens cagoulards vont se retrouver dans les Groupes de Protection créés par le colonel Groussard, inspecteur de la Sûreté nationale. C'est une organisation dépendant du Centre d'informations et d'études de François Méténier et du colonel Georges Groussard. Saluant l'arrivée au pouvoir du maréchal Pétain, mais hostile à toute forme de collaboration, elle épie les agissements de la Gestapo et des autorités militaires allemandes. Elle regroupe majoritairement d'anciens cagoulards. En décembre 1940, dans le fil de son anti-germanisme, il monte l'opération visant à enlever Pierre Laval, jugé trop proche des Allemands. Laval et son entourage sont libérés par les nazis qui exigent la dissolution des Groupes de Protection et du Centre d'informations et d'études.

Avec Georges Loustaunau-Lacau,Georges Groussard et ceux qu'on appelle les Vichyssois anti-nazis, rêvent de construire une armée clandestine. Il existe un climat de compréhension qui permet des contacts de camaraderie entre d'anciens cagoulards gaullistes comme Maurice Duclos et des Pétainistes anciens cagoulards comme Gabriel Jeantet. En 1941, avec le retour de Laval au pouvoir, c'est la fin des ambitions des anciens Cagoulards, à Vichy.

Le Colonel Groussard décrit, de son point de vue, la création du CIE et des G.P. dans son ouvrage : Georges A. GROUSSARD, Service secret - 1940/1945[64]. Néanmoins d’autres éléments sur le CIE et l’activité de Groussard sont donnés - à partir de documents d’archives - par Pierre Péan qui estime que quelques soient les tentatives faîtes après la guerre par les principaux acteurs du CIE dans le but de se dédouaner, les archives parlent. Ce service de police politique avait bel et bien pour objectif d’assurer la paix intérieure en surveillant et en réprimant les menées antinationales telles que les entendaient les cagoulards[65].

Toutefois le même Péan démontre que ces anticommunistes sont d'abord antiallemands. Il parle des révélations de Pierre Nord (à l’époque, chef du 2Modèle:Exp bureau de la région militaire de Paris) selon lequel, un groupe d’officiers (Groussard, Loustanau-Lacau, Schlesser et Rivet...) aurait officieusement cherché à favoriser en 1936-1937 un rapprochement militaire franco-soviétique pour faire face à la menace allemande.

Voici les cagoulards que l'on retrouve à Vichy, puis dans la Résistance :

  • Georges Loustaunau-Lacau (1894-1955) prend contact avec le polytechnicien Eugène Deloncle, créateur de la Cagoule. On échange des renseignements sur les activités communistes. Dénoncé, Georges Loustaunau-Lacau est mis en non-activité en mars 1938. Il gagne Vichy, où Xavier Vallat lui confie pour un temps assez bref la direction de la Légion française des combattants. Fondateur du réseau Alliance, il utilise cette couverture pour abriter ses premières activités antiallemandes. Arrêté par les Allemands, il est interrogé, torturé puis déporté[66]. Après-guerre Georges Loustaunau-Lacau se prononce pour l'investiture de Pierre Mendès France et approuve la conclusion des accords de Genève mettant fin à la guerre d'Indochine.
  • Gabriel Jeantet rejoint rapidement La Cagoule et doit s'enfuir en Italie, recherché par la police. Pétainiste antiallemand, Gabriel Jeantet, en décembre 1943, prend contact avec l’entourage de l’amiral Canaris en vue de fomenter un complot contre Hitler et de négocier la paix avec les Alliés. Les tractations prennent fin en février 1944, et Gabriel Jeantet est déporté en juillet. Revenu d'Allemagne à la Libération, il est interné à Fresnes et frappé d'indignité nationale, comme beaucoup de Cagoulards, même ceux qui sont allés à Londres dès 1940.
  • Georges Groussard, outre Jacques Chaban-Delmas est bien connu de Jean Moulin. Il lui consacre des lignes élogieuses dans son premier rapport sur la Résistance qu'il emporte à Londres. Groussard emploie prioritairement des résistants originaires comme lui de l’extrême droite, souvent cagoulards mais est aussi en rapport avec la résistance e gauche[67].
  • Le Docteur Henri Martin (1895-1969) est à Vichy avec Georges Groussard. Pétainiste, il est interné du fait de son activité oppositionnelle aux Allemands en 1942. Il est interné à Evaux-les-Bains et il y rencontre avec deux juifs de gauche qui deviendront ses amis : Roger Stéphane et André Blumel qui lui rendront hommage. Monarchiste, méprisant la démocratie, conspirateur-né, sans doute antisémite, le Docteur Martin se révéla le meilleur des camarades, et si nous avons pu nous évader d’Evaux, ma mère et moi, c’est au docteur Martin que nous le dûmes. C’est sans doute à lui que je dois d’être encore vivant écrira le premier. Le docteur Martin, homme d’une idée qu’il n’abandonna jamais, à laquelle il sacrifia toute sa vie, ne mérite pas l’oubli, ni la discrétion totale dans laquelle il s’est complu. Tel est le témoignage d’un adversaire politique qui fut, je crois, un ami dira le second[68]. Le Docteur Henri Martin (1895-1969) combat pour libérer Lyon et s'engage dans la Septième Armée du général Alexander Patch, où il accomplit plusieurs missions spéciales et dangereuses en Alsace et sur le Rhin. Lors du procès de la Cagoule en 1948, le docteur Martin est condamné à une peine de déportation, qu'il n'accomplit pas, étant de nouveau en cavale[69]. On le retrouve avec l'O.A.S. en 1962.
  • Jacques Corrèze, membre du M.S.R. et de la L.V.F., est le fils adoptif de Deloncle. Jacques Corrèze, qui après avoir combattu sur le front de l'Est sous l'uniforme allemand rentre en France se mettre au service de la Résistance[70]. Il entre en effet en contact avec la résistance en 1943[71]. En janvier 1944, il échappe de justesse à la police allemande qui accuse le M.S.R. d’avoir noué des relations avec des agents alliés en Espagne. Il est témoin de l'assassinat d'Eugène Deloncle par la Gestapo (7 janvier 1944)[72]. Lui et la famille de son père adoptifs sont emmenés à la prison de Fresnes par les nazis. Emprisonné à la Libération, Jacques Corrèze est condamné en 1948 à dix ans de travaux forcés pour intelligence avec l’ennemi. Il sort en 1949, épouse la veuve de Deloncle et travaille pour la famille Schueller.
  • François Méténier est une sorte de ministre des affaires étrangères de la Cagoule. Il procède à l'arrestation de Pierre Laval. Il est chef des Groupes de protection du Maréchal Pétain[73] et obéit au résistant ancien cagoulard Georges Groussard. Il est membre du réseau Alliance, groupe de résistance de tendance droite nationaliste anticommuniste. François Méténier est l'homme de main de François Mitterrand[74] et proche de l'une de ses sœurs[75].
  • André Bettencourt dirige l'organe de propagande antisémite La Terre française, mais il rejoint la résistance au début 1943.
  • Les relations entre François Mitterrand et l'extrême droite sont le thème d'un certain nombre d'ouvrages de la fin des années 1990. Concernant sa décoration de la Francisque, allouée par Vichy à ses plus fidèles serviteurs, il faut remarquer que ses deux parrains font partie de la catégorie des pétainistes antiallemands, Simon Arbellot et le cagoulard Gabriel Jeantet. Pierre Péan établit que si Mitterrand n'est pas cagoulard, ils sont très nombreux dans sa sphère familiale et amicale[76].

François Mitterrand est à la fin de la guerre un résistant et il devient par la suite un démocrate et un authentique socialiste, même s'il reste proche de beaucoup de Cagoulards.

Pendant la guerre le réseau d'influence de la Cagoule semble donc s'étendre à la fois au cœur de la France libre et dans le régime de Vichy. C'est ainsi par exemple que le 20 août 1940, Maurice Duclos envoyé en France par De Gaulle, peut rencontrer des proches collaborateurs du Maréchal Pétain par l'intermédiaire de Gabriel Jeantet.

L'ancien cagoulard Georges Groussard fonde les groupes de protection du maréchal Pétain mais aussi le réseau de Résistance « Gilbert » alors que Jacques Lemaigre Dubreuil, ancien financier de L'Insurgé, le journal de La Cagoule, soutient le général Giraud, quand Jacques Corrèze, après avoir combattu sur le front de l'Est rentre en France au sein d'un réseau de la résistance.

Arrestation de Laval et son entourage (décembre 1940) Modifier

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Colonel Groussard, commandant de Saint-Cyr (1938).

La première pensée de Jacques Chaban-Delmas après la défaite est pour le colonel Georges Groussard, directeur adjoint de Saint-Cyr, dont il ignore le choix qu'il a pu faire après l'armistice de juin, mais en qui il a une confiance totale[77]. Chaban dit à ses proches qu'il cherche le colonel Groussard et ajoute : Venez donc avec moi! Partons ensemble rejoindre de Gaulle. Jean Loriot, le colonel d'aviation, lui apprend Groussard est le chef des groupes de protection du Maréchal à Vichy.

Jacques Chaban-Delmas se rend à Vichy. Georges Groussard vient d'arrêter sur ordre du Maréchal d'arrêter Pierre Laval et son entourage. Le futur [Jacques Chaban-Delmas]] le retrouve seulement 48 h. après à Bellerive-sur-Allier, à côté de Vichy, à la mi-décembre. Le colonel est un officier de l'ancienne école, comme la plupart de ceux qui ont ses idées politiques, il est à la fois dévoué au Maréchal et très hostile à la politique de collaboration.

Cette arrestation rend Hitler furieux. Le Führer fait libérer Laval le 17. Ce dernier revient sur la scène politique française en avril 1942 pour consolider la politique de collaboration.

Du fait de son ancien chef à Saint-Cyr, le colonel Georges Groussard, ex-membre du C.S.A.R., Jacques Chaban-Delmas ne part pas de suite pour Londres. Groussard le renvoie à Paris pour travailler auprès du colonel Alfred Heurteaux, autre cagoulard, et le réseau de renseignements "Hector", organisation de résistance du Nord de la France[78]. Démobilisé après la défaite de 1940, Alfred Heurteaux, ancien dirigeant de la Cagoule, est franchement anti-Allemands. Il est proche des colonels Paillole, Loustaunau-Lacau et donc de Groussard. Le réseau Hector est un réseau de résistance français implanté en zone occupée, par Alfred Heurteaux, et subventionné par le service de renseignement de l’armée de l’air française (du gouvernement de Vichy). Alfred Heurteaux va être déporté, fait compagnon de la Libération, général de brigade.

Mouvement Social Révolutionnaire (septembre 1940) Modifier

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Réunion publique du MSR, sous la présidence d'Eugène Deloncle.

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Bloc Ours en l'honneur de la L.V.F..

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Deloncle parle lors du meeting pour la création de la L.V.F., le 8 juillet 1941.

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Deloncle et Paul Chack.

1er septembre 1940 création, par Eugène Deloncle, du Mouvement Social Révolutionnaire, avec Jacques Corrèze et Eugène Schueller (futur patron de L’Oréal). Gravitent aussi autour du M.S.R. Georges Soulès (Raymond Abellio) et Henry Charbonneau, haute figure nationaliste d’avant-guerre.

Eugène Schueller y est investi de la direction des commissions techniques et comités d'études. S'il ne tarde pas à se séparer du mouvement, il garde jusqu'à sa mort de la sympathie pour ses anciens camarades qu’il n'hésite pas à aider. En outre il aide financièrement l'organisation ; sous l'occupation il se répand des certains journaux collaborationnistes... tout en protégeant ses employés juifs et en finançant la résistance, ce qui lui permet à la libération de ne pas être condamné [79].

Deloncle fonde le Mouvement Social Révolutionnaire alors que Marcel Déat crée le Rassemblement national populaire (R.N.P.). Celui-ci est un socialiste tendance S.F.I.O. Il a été ministre de l'Air dans le gouvernement du Front Populaire. Déat est un soutien actif de Pierre Laval. Le 13 décembre 1940, les hommes de Deloncle font arrêter Marcel Déat à Paris, en même temps, que Pierre Laval est, à Vichy, démis de ses fonctions ministérielles, et arrêté. Ils sont libérés par les nazis.

Que vient faire Deloncle, même s'il est fascisant, dans les mouvements ultras ? Il est maurassien, lecteur de Bainville, donc foncièrement antiallemand. Le pacte germano-soviétique fait que cet anticommuniste en 1940 n'est pas un collaborateur actif. Il le déclare l'année suivante dans La Gerbe du 25 septembre 1941 :

Au début de la guerre, j'étais revenu à mon point de départ nationaliste, je me trouvais alors en opposition avec la politique allemande (je veux parler de son accord avec la Russie). Mais depuis le 22 juin je me trouve de nouveau d'accord avec la politique du Reich. Et ainsi j'ai repris une pleine activité[80].

Lors du retour au pouvoir de Laval, le mouvement de Deloncle est contraint de à rejoindre le R.N.P., tout en gardant son autonomie. Les troupes de choc du parti proviennent du M.S.R..

Certains anciens cagoulards sont de fervents nationalistes, anti-allemands et hostiles à toute compromission avec l'occupant. Néanmoins lors de l'invasion de l'URSS un certain nombre se retrouvent avec Eugène Deloncle partisans de la L.V.F.. Toutefois leur chef ne va comme Doriot sur le front de l'est. Il organise une dizaine de banquets[81].

La lutte pour la libération de la patrie devient donc une priorité, d'autant qu'en 1941, date de l'échec de la Blitzkrieg de Hitler, toutes les chancelleries comprennent que le Reich nazi est condamné. En 1942, avec la victoire soviétique de Stalingrad, chacun comprend que l'Armée rouge de Staline écrasera le Reich et apportera la victoire militaire aux Alliés.

Pour ces adeptes du complot et de l'action clandestine, la Résistance est une option naturelle.

Le 23 mai 1942, Eugène Deloncle participe en novembre 1942, au Congrès du P.P.F. au Gaumont-Palace, mais il est déjà agent double[82].

Filliol, le nazi, sent que les derniers Cagoulards qui ne sont pas résistants vont le devenir. En mai 1942, il lance des accusations graves contre Deloncle et provoque une scission. Il provoque l'éviction du condottiere et prend la direction du Mouvement Social Révolutionnaire[83].

Liquider Laval et Déat (27 août 1941) Modifier

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Attentat contre Laval et Déat.

Un ouvrier, ancien dirigeant communiste et maire de Saint-Denis, Jacques Doriot, en 1941, crée la légion des volontaires français et va se battre sur le front de l'Est.

Beaucoup de Cagoulards approuvent. Mais les cagoulards gardent leurs mauvaises habitudes. Ils sont bien entendu responsables d'attentats et d'assassinats en représailles d'actes commis à leur encontre avant-guerre. Toutefois Eugène Deloncle ne va pas faire que régler des comptes avec les républicains. Dans un premier temps Pierre Laval, ancien vice-Président du Conseil, est brutalement démissionné par Pétain en décembre 1940 et certains cagoulards.

Deloncle organise l'attentat contre Laval, cet homme de gauche organisateur de la politique de collaboration totale franco-allemande. Marcel Déat, l'ultra-collaborateur parisien, s'en prend à l'amiral François Darlan, responsable selon lui de l'éviction de Laval. Or Darlan est un ami de Deloncle. Ce dernier décide de se débarrasser de ces deux ennemis de la France et de ses amis fascisants mais réactionnaires.

Le 27 août 1941, on célèbre la remise du drapeau au premier contingent de la LVF en instance de départ pour le front de l'Est. Le bras droit d'Eugène Deloncle pousse Laval à y assister. Il insiste. Trois coups de feu claquent, puis deux autres. Laval et Déat sont touchés. C'est un légionnaire, qui normalement ne participe pas à la prise d'armes qui tire. Laval reçoit deux balles, l'une à l'épaule, l'autre au poumon gauche. Déat subit une laparotomie. C'est un attentat prémédité, malheureusement pour Deloncle pas meurtrier.

Tout ceci va amener les Allemands à réagir. La police française à leur service mène des enquêtes qui permettent d'identifier les auteurs. Pour elle, Eugène Deloncle est responsable de ce attentat. C'est aussi l'avis de Déat et Laval.

Assassinat par la Gestapo de Deloncle (7 janvier 1944) Modifier

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Deloncle est un ami de l'amiral Darlan qui rejoint Alger.

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Plaque commémorant le massacre de l'amiral Canaris et d'autres résistants par les nazis.

Darlan saborde la flotte plutôt que la livrer aux alliés et rejoint le camp allié. Eugène Deloncle, qui l'apprécie, assiste à son remplacement par l'homme qu'il exècre, Laval. Eugène Deloncle, expulsé de son propre parti par Jean Filliol, se convainc de la défaite inévitable des forces de l'axe.

Le S.D. (service de sécurité nazi) de Paris l'arrête en novembre 1942[84]. Mme Deloncle fait demander en vain au S.D. des explications sur les motifs de l'arrestation de son mari[85]. Mais Deloncle est libéré par ses amis antinazis de l'entourage du Maréchal.

Ne connaissant pas la peur Eugène Deloncle pense qu'il doit assassiner Hitler pour sauver la France. Il entre en contacts avec des officiers antinazis de l'Abwehr. Canaris lui fournie un passeport pour se rendre en Espagne. Il doit rencontrer des représentants des alliés occidentaux et leur proposer une paix de compromis. Dans la réalité il rencontre le frère du général Giraud et un ministre pro-anglais de Franco[86].

Les déplacements de Deloncle, notamment à Alger, ne passent pas inaperçus. La Gestapo le suit à la trace. Si l'on saisit son passeport fabriqué par les services clandestins de Canaris, c'est du même coup dévoiler son double-jeu[87].

Eugène Deloncle devient encore plus gênant pour le IIIe Reich. Les Gestapistes pénètrent dans son appartement parisien par la cuisine. Il tire à la mitraillette sur son fils, qui est atteint à la tête. Deloncle, malgré son pistolet, est abattu de dix balles. Il s'écroule au pied de son épouse. Le patron du C.S.A.R. est mort les armes à la main, sous les coups des ennemis de la France[88].

Sa femme, elle-aussi blessée, et Jacques Corrèze, sont arrêtés et transférés par la Gestapo à la prison de Fresnes. Ils ne sont libérés que début 1944.

L’assassinat de Deloncle par la Gestapo fait que beaucoup d'anciens Cagoulards deviennent résistants. Des officiers supérieurs devenus antinazis préviennent les plus naïfs que la Gestapo les surveille.

La collaboration Modifier

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Max Dormoy est assassiné par des Cagoulards revanchards.

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Fil[l]iol en 1943.

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Mohamad el Maadi.

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Jean Bassompierre à la L.V.F. (front russe).

Le 5 juillet 1941, Marx Dormoy est assassiné à l'hôtel du Relais de l'Empereur de Montélimar par d'anciens membres de l'organisation terroriste, en représailles. A leurs yeux, celui qu'ils ont en vain essayé de ridiculiser en le surnommant Fantomarx. Il mérite d'être châtié pour avoir, notamment, déclaré le 23 novembre 1937 que la Cagoule est un véritable complot contre les institutions républicaines...[89].

Outre les Cagoulards de Londres, un certain nombre de Cagoulards vont être des partisans du Maréchal Pétain et d'autres de l'ultra-collaboration, mais uniquement jusqu'au débarquement des Alliés en Afrique du Nord. Peu de dirigeants vont rester collabos jusqu'en 1945 /

  • Jean Fil[l]iol du Mouvement social révolutionnaire devient responsable de la Milice dans le Limousin. Filiol est arrêté sur décision du préfet de police de la Seine en raison des trois mandats d'arrêté édités contre lui avant-guerre, notamment en 1938, ce qui déclenche chez lui d'ailleurs une colère noire, sa décision d'entamer une grève de la faim et d'en appeler à... Laval auquel il écrit pour solliciter sa libération. Evidemment, Laval n'a pas eu l'air convaincu par ses arguments et le laisse dans son camp de Saint-Paul d'Eyjaux où il côtoie son ami le Dr Martin, interné, lui, pour faits de résistance. Je me demande ce qu'ils ont pu se dire... Il est libéré par Darnand en janvier 1944 et s'engage au deuxième service de la Milice.
  • Mohammed el Maadi est un universitaire qui crée en 1939 le groupe Algérie Française. Il revendique le droit de vote pour les Algériens, recrute les trop célèbres Nord-Africains qui s’illustrent de manière dramatique dans le Sud-Ouest à la fin de la guerre avec la bande Lafon-Bony.
  • Joseph Darnand, chef de la Cagoule à Nice, il fonde le Service d'Ordre Légionnaire en zone nord qui fut interdit par l'armée Allemande. Antiallemand au début de l'occupation, il tente par deux fois d'établir des contacts avec Londres (par l'intermédiaire de Groussard, puis du gouvernement d'Alger (GPRF)). Par la suite il est l'un des piliers de la collaboration. Fondateur de la Milice, il devient Obersturmführer de la SS, et secrétaire au maintien de l'Ordre du gouvernement de Vichy.
  • Maurice Cochinaire, responsable de la Cagoule pour l'Alsace-Lorraine; il revient à Nancy en janvier 1944 pour y créer et diriger l'antenne locale de la Milice française.
  • Michel Harispe, dont la jeune femme est utilisée pour gagner à la cause des officiers de marine de Toulon, joua un rôle important au C.S.A.R.. En juin 1944, il est envoyé en émissaire à Madrid pour suivre les conversations entre Nosek et Jacques Lemaigre-Dubreuil sur les conditions de la capitulation allemande[90]. Il travaille pour Laval et les nazis jusqu'au bout de la guerre[91].
  • Jean-Marie Bouvyer, complice du meurtre des frères Rosselli et chef du service d'enquête du Commissariat général aux questions juives à partir d'avril 1944. À la Libération, Jean-Marie Bouvyer bénéficie du témoignage en sa faveur de François Mitterrand, passé à la résistance en 1942. En effet, Bouvyer a caché chez lui du matériel et fabriqué de faux papiers pour le Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés, le mouvement dirigé par François Mitterrand et Maurice Pinot. D'autres témoins, comme le capitaine FFI Maubois, ont également attesté de services rendus. Bouvyer a noué une amitié personnelle avec François Mitterrand. Lors de son procès, il affirme avoir renié ses idées des années 1930, se disant prêt à dénoncer tous les dirigeants de la Cagoule qu'il connaît et même à s'entendre avec les communistes autrefois abhorrés. La mère de Jean-Marie Bouvyer devient en 1946 la marraine de Jean-Christophe Mitterrand.
  • Jean Bassompierre est un cagoulard qui devient membre du P.P.F., de la L.V.F., puis de la division Charlemagne (des Waffen-SS). Il combat sur le front de l'est. Bassompierre demande un jour à ses soldats d'honorer la mémoire des Français morts à la bataille de Bir Hakem face aux Allemands[92]. Néanmoins son rôle dans la répression de la mutinerie de la prison de la Santé lui vaut une condamnation à mort prononcée le 17 janvier 1948. Il est fusillé le 20 avril 1948. Pourtant, ses propos à ses hommes en 1940 ne laissaient pas présager un tel comportement :
Il ne faudra pas avoir peur de regarder l’occupant en face, car nous ne sommes pas battus. Nous n’avons seulement pas su aimer la France. J’emploierai toute ma vie à préparer la revanche.

APRES LA SECONDE GUERRE MONDIALE Modifier

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Deuxième procès de la Cagoule (1948).

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Jacques Duclos, compagnon de la libération, est jugé, ainsi que d'autres es résistants et déportés cagoulards.

Après la libération c'est l'épuration. Venus de la France libre du général de Gaulle, des armées alliées, des maquis, des camps de déportation... mais plus rarement de la collaboration jusqu’au-boutiste... tous les Cagoulards, y compris Maurice Duclos, vont se retrouver poursuivis pour les affaires de la Cagoule d'avant la guerre.

Dans l'assistance lors du procès, le ministre de la Justice en personne, François Mitterrand, vient écouter François Méténier, peut-être pour le réconforter en raison de leurs anciens liens au sein de la Cagoule. Il faut noter que lorsqu'il reçoit la francisque en 1943, Mitterrand a accepté le double parrainage de Gabriel Jeantet et de Georges Soulès-Abellio. Il produit d'ailleurs un document en faveur de Gabriel Jeantet lors de sa comparution en chambre civique.

Lors du procès de la Cagoule, François Mitterrand, alors ministre, se montre souvent dans la tribune du public et s'intéresse au sort de Méténier malade. Il assiste à ses obsèques.

Parmi les accusés, le jeune ministre de la IVe République reconnaît Gabriel Jeantet... Quelques jours avant l'ouverture du procès, en octobre 1948, il lui envoie un signe d'amitié en rédigeant à l'attention des juges de la Chambre civique de la Seine une lettre dans laquelle il atteste de son courage pendant l'occupation. Ce geste courageux sympathie, assez rare à l'époque, n'empêche pas Jeantet d'être condamné à vingt-cinq ans d'indignité nationale[93].

Le procès, qui se tient dans l'indifférence général, aboutit à plusieurs condamnations, notamment 20 ans de travaux forcés pour François Méténier, quatre ans de prison ferme pour Gabriel Jeantet et 10 ans de détention pour Jacques Corrèze. Les hommes de main qui ont participé aux assassinats, Jean Filliol, Jacques Fauran et Jean-Marie Bouvyer, sont en fuite. Il y a donc sept condamnations à mort par contumace dans le cadre de l'affaire Rosselli et de l’affaire Dormoy. Maurice Duclos est acquitté. Il part vivre en Argentine et lorsque, en 1964, il se rend en visite officielle dans ce pays, le général de Gaulle bouleverse le protocole en saluant l'ancien colonel Saint-Jacques avant les autorités du gouvernement.

Après sa libération guerre, Jacques Corrèze dirige L'Oréal pour l'Amérique du Sud. Jean Fil[l]iol récupère la filiale de Madrid. Mitterrand lui-même, en panne de situation en 1945, accepte un emploi à la revue Votre beauté, journal du Groupe. La veuve de Deloncle se remarie avec Jacques Corrèze et écrit un recueil de souvenirs Mémoires sans égoïsme aux Editions de la Pensée Universelle en 1983, où elle salue la fidélité en amitié de François Mitterrand. Mercedes Deloncle meurt en 1988. On voit en effet venir s'incliner devant sa dépouille le président de la République en exercice, François Mitterrand.

RÉFÉRENCES Modifier

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  4. Les Cagoulards dans la guerre, Philippe Bourdrel, Albin Michel 2009-11-04.
  5. Les Cagoulards dans la guerre, Philippe Bourdrel, Albin Michel 2009-11-04.
  6. Murder in the Métro: Laetitia Toureaux and the Cagoule in 1930s Gayle K. Brunelle, S. Annette Finley-Croswhite, Louisiana State University Press, 2012.
  7. La cagoule
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  18. La Cagoule, nous voici !.
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  21. Histoire de la Cagoule
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  23. Histoire de la Cagoule
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  27. La Grande Histoire des Français sous l'Occupation : Les beaux jours des collabos. Tome 3, AMOUROUX Henri, Robert Laffont, 1985.
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  30. Henri Giraud
  31. Le Mystérieux Docteur Martin: (1895-1969), Pierre Péan, Fayard, 1993.
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  33. Une jeunesse française: François Mitterrand, 1934-1947, Pierre Péan, Fayard, 1994.
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  87. Dossiers oubliés de la Seconde Guerre mondiale, Robert ARNAUT, Philippe VALODE, FIRST EDITIONS, 2012.
  88. Dossiers oubliés de la Seconde Guerre mondiale, Robert ARNAUT, Philippe VALODE, FIRST EDITIONS, 2012.
  89. Chronique de la Résistance (nouvelle édition), Alain GUERIN, Place Des Editeurs, 2010.
  90. Vichy 1940-1944: quaderni e documenti inediti di Angelo Tasca, Volume 24 de Annali / Fondazione Giangiacomo Feltrinelli, Denis Peschanski, Angelo Tasca, Feltrinelli Editore, 1986.
  91. La Gestapo et les Français, Pygmalion Histoire, Dominique Lormier, Pygmalion 2013.
  92. La Grande Histoire des Français sous l'Occupation : Les beaux jours des collabos. Tome 3, AMOUROUX Henri, Robert Laffont, 1985.
  93. Philippe Bourdrel, La Cagoule. Histoire d'une société secrète du Front Populaire à la Ve République, Paris, Albin Michel, 1992, p. 343.

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